Pour Sunanda, originaire du Bangladesh, la campagne de régularisation massive en Espagne ne permet pas seulement aux migrants sans papiers de vivre dans la légalité. Elle atténue aussi la pression quotidienne liée à la précarité de l’emploi et du logement
Sunanda, une musicienne bangladaise de 26 ans vivant à Barcelone, voit dans la campagne de régularisation actuelle en Espagne l’opportunité d’un nouveau départ. Elle vit en Espagne depuis plus d’un an et attend le résultat de sa demande, dans l’espoir qu’un statut légal lui apportera davantage de stabilité et des conditions de travail plus équitables.
La campagne en cours vise à offrir aux migrants sans papiers un titre de séjour et un permis de travail d’une durée d’un an s’ils peuvent prouver une présence continue d’au moins cinq mois en Espagne avant le 31 décembre 2025, s’ils n’ont pas d’antécédents judiciaires et déposent leur demande avant le 30 juin prochain.
Plus d’un demi-million de personnes ont déposé une demande à ce jour, et les candidats retenus peuvent travailler dans n’importe quel secteur, partout en Espagne.
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Le risque d’exploitation au travail
Avant le lancement de la campagne de régularisation, les migrants sans papiers devaient attendre deux ans avant de pouvoir régulariser leur situation. Pour beaucoup, observe Sunanda, cela s’est traduit par de longues périodes sans sécurité de l’emploi, sans logement stable et par un risque accru de se retrouver dans une situation d’exploitation.
"Lorsque le gouvernement a annoncé la régularisation, nous, et la plupart des personnes sans papiers, ont été très heureux car ces deux années à passer ici sont très difficiles", explique-t-elle. "C’est dur de trouver du travail et lorsqu’on en trouve un, les employeurs ne versent pas de salaires corrects". (...)
Si la communauté bangladaise a la réputation de se montrer solidaire, Sunanda assure qu’une petite minorité cherche à tirer profit des nouveaux arrivants. Elle raconte ainsi avoir travaillé pendant un mois sans toucher de salaire. Nombre de travailleurs sans papiers se retrouvent en effet à effectuer de longues journées de travail, sans pause, sans congés et sans la garantie d’être payés. "On n’a pas de week-end. On n’a pas de jours fériés, et c’est très difficile de rester ici", se désole Sunanda. (...)
Recourir à des travailleurs sans papiers peut certes se révéler économiquement intéressant pour un employeur, ce dernier échappant au paiement de cotisations sociales, mais les amendes encourues peuvent être lourdes. Sunanda espère que les régularisations vont permettre de lutter contre les abus de la part d’employeurs qui savent qu’une personne sans papiers peine à faire valoir ses droits. (...)
La Bangladaise y voit aussi une chance d’être davantage considérée et respectée au sein de la société espagnole. "Quand on a un document d’identité, je pense qu’il n’y a aucun risque de se faire arnaquer. Mais sans ce document d’identité, les gens continueront à vous maltraiter". (...)
Le logement est une autre préoccupation majeure, précise encore la jeune femme. Sans papiers en règle ni numéro d’identité national (NIE), de nombreux migrants ont du mal à louer un logement, obligeant certains à habiter dans des colocations surpeuplées ou à dormir dans la rue. (...)