En dépit de l’inflation, de l’instabilité politique et économique ou de la hausse des inégalités, l’argent envoyé par les migrants dans leur pays d’origine demeure un flux stable. En France, les immigrés - soumis à des pressions familiales souvent - rognent sur d’autres postes de dépense pour maintenir les envois d’argent à leurs proches.
Des envois "non-négociables"
Malgré le "contexte d’incertitude économique, de conflits et de montée des inégalités", les remises d’argent - ou transferts d’argent que les émigrés envoient à leurs proches restés dans leur pays d’origine - sont un flux financier "remarquablement stable", selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). En 2024, 19,7 milliards de dollars (environ 17 milliards d’euros) ont été envoyés depuis la France vers l’étranger. Et ce, malgré un contexte économique compliqué par l’inflation. (...)
"Pour les migrants, il y a un versement qui n’est jamais remis en question, quelles que soit les difficultés économiques rencontrées : ce sont les versements aux ascendants [parents et grands-parents, ndlr]", affirme Caroline Henchoz, professeure à la Haute école de travail social et de santé de Lausanne (Suisse), spécialiste en sociologie économique, du genre et de la famille. (...)
Pressions financières et familiales
Le travail financier, fait de sacrifices et d’heures supplémentaires, est décuplé par un "travail émotionnel", selon elle, qui doit composer avec des "pressions familiales importantes". En face, les migrants vont eux-mêmes développer des attentes vis-à-vis des proches avec qui ils entretiennent ces liens financiers. "On se prive du superflu du luxe, mais l’argent versé doit être utilisé pour le nécessaire." (...)
S’il n’envoie des fonds que ponctuellement, l’étudiant sait que viendra son tour de "prendre la relève" de façon permanente. Les pressions familiales ? Il les subit, sans les condamner : "Nos parents ne savent pas la réalité ici, ils pensent que quand tu viens à l’étranger, tu as déjà réussi". (...)
Outre les envois de fonds, le rôle de la migration est principalement de "créer des ponts" économiques, commerciaux ou éducatifs entre les pays de départ et les pays d’immigration, soutient Hillel Rapoport. "La migration contribue surtout à l’insertion des pays d’origine dans l’économie mondiale". (...)