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"Le sans-papiers le plus libre de France" : l’humoriste Zaef se bat depuis 10 ans pour obtenir sa régularisation
#SansPapiers #migrants #immigration #OQTF
Article mis en ligne le 7 juin 2026
dernière modification le 3 juin 2026

Zaef a fait de son quotidien de sans-papiers en France l’un des principaux thèmes des sketchs qu’il joue au théâtre. Mais la réalité l’a rattrapé cette année : après le refus de son titre de séjour, il reçoit une Obligation de quitter le territoire français (OQTF). Un choc pour cet humoriste natif de Côte d’Ivoire installé dans l’Hexagone depuis 10 ans, dont l’histoire ressemble à celle de milliers d’autres personnes en situation irrégulière en France.

Sa vie de sans-papiers en France, il la raconte depuis des années dans des sketchs qu’il joue dans des comedy clubs ou dans son spectacle, actuellement à l’affiche du théâtre parisien Le Point Virgule. L’humour est devenu pour ce natif de Côte d’Ivoire un refuge et une arme contre la solitude. "Se produire devant des gens et rigoler avec eux me permet d’oublier pendant quelques heures que je n’ai pas de papiers". (...)

Narrer ses galères sur les planches plusieurs fois par semaine, c’est aussi une façon de parler des autres étrangers en situation irrégulière qui eux n’ont pas cette tribune. "Je n’ai jamais caché mon statut administratif. J’étais le sans-papiers le plus libre de France", affirme Zaef.

Mais s’il parle au passé, c’est que son avenir dans le pays s’est brutalement assombri.

"Tout s’arrête après 10 ans de vie en France"

En mars 2026, sa demande de régularisation au titre de l’admission exceptionnelle au séjour (AES), déposée en 2024, est refusée au motif qu’artiste n’est pas un métier en tension et qu’il ne dispose pas d’attaches en France. La lettre de la préfecture de police de Paris est assortie d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF). (...)

"Lorsque j’ai reçu mon OQTF, j’ai ressenti de la colère et de l’incompréhension. C’est comme si on avait appuyé sur le bouton off. (...)

"C’est comme si tout ce que j’avais fait ici ne compte pas : mes amis et ma compagne ne comptent pas. Aujourd’hui, je ne suis plus cet Africain arrivé il y a 10 ans".

Repéré dans son taxi au Gabon

Sa "dernière carte" car Zaef avait déjà tenté d’obtenir l’asile en France en 2016. Né en Côte d’Ivoire d’un père burkinabé et d’une mère malienne, il a passé une partie de son enfance au Burkina Faso puis est retourné vivre avec sa famille en Côte d’Ivoire avant de s’installer seul au Gabon jusqu’en 2016. (...)

la crise électorale de 2016 au Gabon provoque sa fuite vers la France. "Je ne me sentais pas en sécurité pour des raisons personnelles", dit-il, sans plus de détails sur le sujet. (...)

"Toute ma vie dépend de la préfecture" (...)

Je ne peux jamais me projeter, toute ma vie dépend de la préfecture", souffle-t-il. Il a notamment dû refuser des invitations pour jouer dans d’autres pays, par crainte de ne plus pouvoir entrer en France.

Cet été, il est invité au Canada pour le festival Juste pour rire, le plus grand festival d’humour au monde. Mais cette fois, il ne compte pas laisser passer cette occasion. "J’ai peur mais il faut prendre une décision. En France, je suis devenu la meilleure version de moi-même et j’ai tout fait pour vivre normalement mais ça ne fonctionne pas. On verra bien ce qu’il se passera, je crois au destin", affirme-t-il fataliste. "Peu importe ce qu’il va arriver, j’aurai tout essayé". (...)

Dans une vidéo publiée le 13 mai sur son compte Instagram, suivi par plus de 12 000 personnes, Zaef annonce publiquement être sous OQTF pour montrer que "cela peut arriver à tout le monde et que nous ne sommes pas des délinquants car dans la pensée collective, une personne sous OQTF est dangereuse". La publication a été partagée par de grands noms du milieu comme Waly Dia ou Panayotis Pascot.

"Cet élan de solidarité m’a touché. (...)

Grâce à la médiatisation de son affaire, il a été reçu une nouvelle fois à la préfecture début juin pour un réexamen de son dossier. Mais combien d’autres comme lui "n’ont pas cette chance" ? "Mon quotidien fait que je peux en parler mais je veux m’exprimer pour tous ceux qui ne peuvent pas. Les sans-papiers aussi apportent des choses à la société française".