Dans un rapport publié ce mardi 2 juin, Amnesty International documente la détresse des étrangers en France dans leurs démarches pour se faire régulariser ou renouveler leur titre de séjour. Face aux multiples obstacles, des professionnels de santé témoignent de "l’effondrement" de leurs patients.
Dans un rapport publié ce mardi 2 juin, Amnesty International documente la détresse des étrangers en France dans leurs démarches pour se faire régulariser ou renouveler leur titre de séjour. Face aux multiples obstacles, des professionnels de santé témoignent de "l’effondrement" de leurs patients. (...)
Tous ces témoignages sont issus du dernier rapport d’Amnesty international, publié mardi 2 juin, sur l’impact de "la précarité des titres de séjour" sur la santé mentale des travailleurs étrangers en France. Selon l’ONG, sur les 27 personnes rencontrées, "26 ont décrit différents symptômes indicateurs d’une santé mentale fragile qui, selon elles, découlent directement de l’instabilité de leur droit au séjour, des processus de renouvellement des cartes de séjour, du fait de vivre sous documents provisoires et du risque constant de se retrouver en situation irrégulière".
Toutes les personnes interrogées ont confié ressentir des symptômes tels que des crises d’angoisse, une profonde anxiété, des troubles du sommeil. "Et à ces troubles, s’ajoutent aussi une importante fatigue physique et mentale, des crises de larmes, des douleurs au corps", ajoute le rapport. Certaines personnes ont également confié que leur précarité administrative les a déjà mené à la dépression pouvant aller jusqu’à des idées suicidaires.
"La première cause de stress, c’est l’accès à un statut administratif"
Pour dresser ce constat, Amnesty International a aussi interrogé plusieurs psychiatres, psychologues et professionnels de santé. "Quand les personnes arrivent en consultation, la première cause de stress qu’elles évoquent, c’est l’accès à un statut administratif", explique la psychiatre Tortelli, membre de Capsys, unité dédiée à la santé mentale des personnes exilées en situation de précarité en Ile-de-France. "Sur le plan psychique, c’est l’instabilité qui les casse", ajoute-t-elle.
Une instabilité notamment due à la durée des titres de séjour "vie privée et familiale" : un an lors d’une première demande, deux à quatre ans lors d’un renouvellement. Car en France, chaque renouvellement est un parcours ponctué de nombreuses difficultés : "Créneaux introuvables en préfecture, plateforme en ligne défaillante, timbre fiscal de 250 euros à payer à chaque renouvellement...", énumère le rapport. (...)
Depuis la mise en place de la dématérialisation des procédures, de nombreuses ONG et médias – dont InfoMigrants – documentent la galère des migrants dans leur démarche. (...)
"Des patients ont déjà reporté des rendez-vous chez le cardiologue à cause de leurs papiers"
Amnesty International réclame, elle aussi, des mesures urgentes. Car au delà de l’impact sur la santé mentale, cet enfer administratif peut être responsable de problèmes de santé plus graves. Notamment car les périodes de renouvellement reviennent sans cesse : "Cela peut entraîner des retards de diagnostic ou de traitement sur des problèmes de santé chroniques et graves".
"Des patients ont déjà reporté des rendez-vous chez le cardiologue à cause de leurs papiers. Les personnes peuvent oublier ou reporter un rendez-vous médical important mais jamais un rendez-vous en préfecture", explique un médecin généraliste au centre de santé de Blosne, à Rennes, cité dans le rapport.
Pour tenter de répondre au problème, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé vendredi 10 avril un "plan global" pour que les étrangers en situation régulière ne se retrouvent pas privés de leurs droits lors du renouvellement de leurs titres de séjour. "L’objectif, c’est de diviser par deux le temps de traitement des titres de séjour : 55 jours en moyenne, contre 117 l’année dernière", explique le ministre.
Ce texte de cinq pages souligne "la priorité" que constitue "la lutte contre les ruptures de droits" lors du renouvellement des cartes de séjour, "en particulier pour ceux qui relèvent de l’immigration professionnelle". Dans son instruction, le ministère de l’Intérieur préconise également d’automatiser le renouvellement des attestations.