Le Parlement a définitivement adopté le texte réduisant la durée d’indemnisation au chômage après une rupture conventionnelle. Une énième attaque sur les droits, motivée par de prétendus abus. Un récit démenti par les faits, que la macronie prend soin d’ignorer.
(...) L’examen du projet de loi visant à réduire la durée d’indemnisation après une rupture conventionnelle n’a pas fait exception. Le texte, adopté mardi 2 juin au Parlement après un vote solennel – par 353 votes pour contre 114 – (et malgré un premier passage chaotique devant l’Assemblée nationale), a été présenté comme une nécessité pour stopper de supposés « comportements abusifs ».
À en croire l’exécutif, soutenu par le patronat, le dispositif des ruptures conventionnelles serait désormais dévoyé par les salarié·es – qui auraient donc miraculeusement pris le pouvoir sur leurs employeurs – pour quitter leur poste sans démissionner et s’offrir un séjour de rêve à France Travail. (...)
le ministre a aussi ressorti du placard une ancienne rhétorique, celle de « l’optimisation » du chômage. Inventée en 2017 par Pierre Gattaz, alors patron du Medef (...)
des données, régulièrement publiées, racontent une tout autre histoire. Celle d’allocations-chômage en moyenne peu élevées et de droits rarement consommés jusqu’au bout. Ces informations sont publiques et facilement accessibles sur le site de l’Unédic, le gestionnaire de l’assurance-chômage qui ne saurait être accusé de travestir la réalité. Mais il faut croire que le réel est gênant. (...)
Lundi 1er juin, à la veille du vote solennel, une publication de l’organisme est d’ailleurs venue mettre en pièces l’un des arguments phares du gouvernement, selon lequel diminuer la durée des droits conduirait à « un retour plus rapide à l’emploi », car les allocataires attendraient tranquillement la fin de leur indemnisation pour se remettre au travail.
Or, selon l’Unédic, c’est tout l’inverse (...)
Même la Banque de France le dit, les réformes de l’assurance-chômage conduisent à un « risque de dégradation de la qualité de l’emploi », poussant les allocataires à renoncer à de meilleures conditions de travail et de salaire, pour le plus grand bonheur du patronat qui pleurniche devant les « difficultés de recrutement ».
L’ire des patrons et de l’exécutif se porte aussi régulièrement sur les montants d’indemnisation qualifiés de trop généreux. Des chiffres publiés le 27 mai par l’Unédic indiquent pourtant que plus de la moitié (54 %) des allocataires indemnisé·es perçoivent moins de 1 000 euros mensuels (...)
Quand le réel est trop encombrant, sa place est sous le tapis. Les arguments d’autorité et les idées reçues les plus grossières peuvent tranquillement prospérer quand les droits au chômage, eux, ne font que péricliter.