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Survivalisme et extrême droite : une romance qui dure
Article mis en ligne le 21 mars 2020
dernière modification le 20 mars 2020

Kits de survie en pleine nature, stages extrêmes en montagne, littérature florissante, le survivalisme est un business rentable. Une tendance floue, aux ramifications multiples. Si les angoissés de l’Apocalypse comptent dans leurs rangs une quantité non négligeable de doux dingues plus perfusés à Walking Dead qu’encartés au Rassemblement national, il existe visiblement une frange d’adeptes bien plus obscure. Tour d’horizon d’un mouvement aux priorités très nationales.

Toujours américain, souvent un peu benêt, le survivaliste type a longtemps été ce Républicain de la première heure, ce militant acharné de la NRA [1], ce patriote à la foi chevillée au corps. Cet homme qui monte un bunker en kit plus vite qu’un meuble Ikea et qui laisse tous les patrons de la grande distribution pantois devant son don pour la mise en rayon. Bref, un guerrier des temps modernes fin prêt pour l’apocalypse. (...)

. Aujourd’hui le mouvement a fait des petits. Il a essaimé un peu partout en Europe et semble avoir largement redoré son blason. Ses adeptes sont présentés ici et là comme des éco-citoyens plus branchés permaculture et appel de la forêt qu’armes lourdes et drapeau confédéré. Pourtant, l’histoire sent méchamment le soufre et certains continuent d’en écrire les pages. (...)

Théorisé dans les années 1960 par un Américain du nom de Kurt Saxon, de son vrai nom Donald Eugène Sisco, le survivalisme a dès ses débuts entretenu des liens forts avec des organisations politiques douteuses. Proche du parti nazi américain, Saxon entend préparer les rejetons de l’Oncle Sam à faire face à ce qu’il considère comme deux « catastrophes » imminentes et majeures : la crise migratoire et la menace nucléaire. En pleine guerre froide, il associe menace atomique et « péril rouge ».

Rédacteur de tracts prolixe, Saxon passe une bonne partie de son temps à prêcher la bonne parole dans la rue et à la sortie des églises. Il publie également plusieurs ouvrages dont Poor Man’s James Bond, série en cinq volets dans laquelle il livre trucs et astuces pour endiguer la menace gauchiste. (...)

À côté de néo-ruraux « bien sous tous rapports », on trouve aussi de grands noms du conspirationnisme de droite, comme celui d’Alain Soral. La figure de proue d’Égalité et Réconciliation surfe sur toutes les vagues pouvant lui offrir un peu d’Audimat. Et le survivalisme fait visiblement partie de son fonds de commerce. À travers le site Prenons le maquis, une plate-forme éditée par la SARL Culture Pour Tous dont il détient 80 % des parts, Soral propose notamment des séjours en pleine nature pour patriotes chevronnés. (...)

On est finalement pas très loin du « Retour à la terre » préconisé par Pétain. Un plan national censé, entre autres, encourager les citadins à réinvestir la forêt, alors considérée par le maréchal comme un « vivant symbole de la tradition » qui « perpétue l’histoire » et a toujours permis à « la vieille France, [de] s’y être conservée mieux que partout ailleurs » [9]. Apocalypse, nous voilà !