Un Blanquer évidemment dithyrambique lors de la remise du rapport sur la consultation relative au SNU. Pourtant, à la lecture, ce rapport superficiel et surréaliste renforce toutes les réserves déjà émises sur la nature de cette « consultation », en réalité, une pure opération de communication.
En précisant d’emblée qu’ « il ne s’agissait pas de consulter les parties prenantes sur l’opportunité de mettre en place un SNU mais bien d’en préciser les contours », les auteurs du rapport confirment que les différentes étapes de la concertation n’ont jamais eu pour objet d’en discuter le principe – notamment celui du mois d’internement obligatoire – mais de donner l’illusion du débat, de la prise en compte des différents points de vue, alors que les décisions ont été prises unilatéralement en dehors de tout cadre démocratique.
Même si la première étape (« consultation des parties prenantes ») fut étroitement encadrée par les autorités, le rapport n’arrive pas à dissimuler la méfiance manifestée par les jeunes pour le projet mais c’est pour ajouter : « très peu informés sur le SNU (...) les plus souvent hostiles au premier abord… [les jeunes] se sont majoritairement impliqués dans l’élaboration d’un système permettant le développement de leur autonomie ». Ou encore : « si, de prime abord, le SNU a suscité des réactions réservées, voire, dans certains cas, un rejet marqué (…), une fois ses contours précisés, on constate que sa perception s’améliore significativement ». Un élément de langage largement utilisé tout au long du rapport et destiné à prouver le bien fondé de cette campagne d’information à sens unique ; c’est bien connu, tenus d’une main ferme, les jeunes font tout ce qu’on leur demande… surtout si, comme la chose semble se préciser, l’âge requis pour le service obligatoire était abaissé à 15 ans ! C’est d’ailleurs la seule information nouvelle apportée par le rapport (...)
Cette méfiance et cette hostilité ne se retrouvent évidemment pas chez les représentants du secteur économique (consultés dans le cadre de la seconde étape) qui, au contraire, « ont exprimé une adhésion massive au SNU », sans doute motivée par la perspective de disposer d’une main d’œuvre docile et bon marché, embauchée dans le cadre de contrats précaires prévus dans la période d’engagement.
La consultation « de masse », organisée conjointement par le ministère de l’Education et celui des armées, dans une même communauté d’objectifs, s’appuie à la fois sur un questionnaire distribué dans le cadre de la JDC (journée défense et citoyenneté) mais aussi sur l’inénarrable enquête en ligne, déjà évoquée sur ce blog, confiée à Opinionway. Une enquête dont il faut rappeler, que théoriquement censée recueillir l’opinion des moins de 26 ans, elle fut en réalité ouverte à tous puisque ne requérant aucune authentification préalable. On se demande dans ces conditions comment le rapport peut alors avancer un total de 30 334 répondants « dont 25 349 jeunes de moins de 26 ans » ! En réalité une arnaque en ligne sur laquelle la CNIL ne manquera sans doute pas de se pencher…
Pourtant, en dépit de toutes les précautions, l’enthousiasme des jeunes ne semble pas au rendez-vous (...)
De fait, enrobé dans une rhétorique très bureaucratique, le rapport ne peut éviter un certain nombre de questionnements posés avec une forme de naïveté qui, compte tenu de l’objet de sa mission, touche à la schizophrénie. En vrac :
– « Le coût budgétaire du projet, même s’il est difficile à estimer de manière détaillée aujourd’hui, est nécessairement élevé… » Le premier rapport de travail de cette même commission évoquait un coût annuel de « quelques milliards d’euros », sans plus de précision.
– « Le financement du projet pourrait créer un effet d’éviction sur les crédits de l’éducation ou de la formation. » C’est déjà commencé, avec la suppression des postes à l’Education nationale.
– « Le tissu associatif, éprouvé par de constantes rigueurs budgétaires, s’interroge sur la nature d’une collaboration nécessaire qui sera forcément de grande ampleur, alors qu’il peine à faire face aux sollicitations actuelles… » Une interrogation qui, pour l’instant, n’effleure ni la Ligue de l’enseignement ni la fédération Léo Lagrange.
– « L’invocation d’un service national, en Europe et dans un monde globalisé, peut apparaître comme rétrograde (…) Le concept même de service national serait obsolète. (…) Des obligations imposées d’en haut à la jeunesse ne correspondent pas à ses attentes. » Si maintenant, même les promoteurs du projet le disent… (...)