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le Monde
Sebastian Roché Directeur de recherche au CNRS : « Affirmer que la “police des polices” est indépendante est faux »
Article mis en ligne le 1er août 2019

Rattachée à la direction générale de la police nationale, l’IGPN est une instance par définition dépendante, déplore le directeur de recherche au CNRS dans une tribune au « Monde ». Une contradiction qui empêche de qualifier comme il se doit les « violences policières ».

Tribune. Après l’urgence sociale qui a déclenché le mouvement des « gilets jaunes », la crise engendrée par les violences policières n’est pas près de s’éteindre.

Les Nations unies (ONU), l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), le Parlement européen et mêmes des responsables policiers des Etats voisins et amis, s’inquiètent des modes d’action du maintien de l’ordre « à la française ».

Pire, l’intégrité même du mécanisme de traitement de ces violences est maintenant sous pression. En témoigne le fait que le procureur de Paris a cru nécessaire de rappeler qu’il était possible, en France, pour un tribunal, de juger et de condamner des policiers pour des violences commises. Cela en dit long, en creux, sur la difficulté que posent ces enquêtes. Brigitte Jullien, la directrice de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a, pour la même raison, affirmé l’indépendance de cet organe chargé des enquêtes. Cela mérite examen. (...)

Transparence n’est pas indépendance

En effet, il n’en reste pas moins qu’on ne peut, hors de tout esprit de polémique, qualifier l’IGPN d’indépendante. Il n’y a qu’à lire l’article 1er du décret qui l’établit : « L’Inspection générale de la police nationale est un service actif de la direction générale de la police nationale. » Raisonnons par l’absurde : si un service de la police est qualifié d’indépendant, comment nomme-t-on un service d’inspection qui serait extérieur à la police mais dans le périmètre du ministère de l’intérieur ? L’Inspection générale de l’administration (IGA) serait alors « super-indépendante » ? Et que penser des « autorités indépendantes » qui n’ont pas de lien avec l’exécutif comme la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) ? Elles aussi tomberaient dans la même catégorie fourre-tout ?