Avec la dématérialisation, il est devenu quasiment impossible de prendre un rendez-vous en préfecture, notamment pour les personnes sans papiers. S’est mis alors en place un système parallèle extrêmement efficace : payer pour obtenir un rendez-vous. Et l’État laisse faire
Ce problème dépasse le cadre des sans-papiers. Une personne en situation régulière doit aussi se rendre de temps à autre à la préfecture pour renouveler ses papiers. Or, l’impossibilité de la prise de rendez-vous fait que ces personnes tombent soudainement dans l’irrégularité. « J’ai l’exemple d’une dame de 39 ans, qui travaille à Carrefour, raconte la députée. C’est une réfugiée vietnamienne arrivée en France dans son enfance. À cause du retard pris avec la préfecture, elle s’est retrouvée sans papiers. Et elle s’est fait licencier. »
Dans le milieu associatif, le malaise est profond. « On se retrouve à faire le boulot de l’État », peste Marguerite Rollinde. Mais face aux portes closes des préfectures, ces militants ne peuvent rien. Pas plus qu’ils n’ont aucune prise sur cette économie parallèle de ventes de rendez-vous. Reste la voie judiciaire.
Même la justice n’y peut rien (...)
Entre 225 et 800 euros le rendez-vous
M. est sans-papiers. Son témoignage n’est qu’un parmi tant d’autres. Cela fait des mois qu’il se rend, chaque jour, sur le site de la préfecture du 93 pour obtenir un rendez-vous, un premier, seulement pour déposer un dossier pour l’admission exceptionnelle au séjour. Mais, sur son site, la préfecture indique inlassablement qu’aucun créneau n’est disponible. Puis, le bouche-à-oreille fait son chemin. « Tu connais notifymoi.fr ? Ils te trouvent un rendez-vous en quelques jours ! » Et c’est vrai. Seul bémol – si l’on peut dire –, le rendez-vous coûte entre 250 et 800 euros, selon la démarche voulue.
« Il y a toujours eu de la corruption pour la prise de rendez-vous, nous explique Marguerite Rollinde, de la Cimade. Avant, des gens faisaient la queue pour prendre un rendez-vous et le vendre. Maintenant, la corruption, comme la prise de rendez-vous, est dématérialisée. »
En effet, depuis quelques années, les préfectures ont mis en place la « dématérialisation » des démarches. Plus besoin de faire la queue des heures pour prendre rendez-vous, tout est faisable en ligne. Formidable, non ? Sauf que le système est vicié. « Le résultat est instantané : il devient impossible d’obtenir un rendez-vous », déplore Marguerite Rollinde. À la Cimade, ils ont même créé un robot pour aller « harceler » le site de la préfecture. Mais rien n’y fait. Même leur robot n’arrive pas à obtenir de rendez-vous.
La politique du laisser-couler
La préfecture sait bien tout cela. Rien n’est laissé au hasard. Et son petit message sur les « sites frauduleux » qui feraient de la « désinformation » n’a pas plus de valeur qu’un « Fumer tue » sur un paquet de cigarettes. (...)
Ce problème dépasse le cadre des sans-papiers. Une personne en situation régulière doit aussi se rendre de temps à autre à la préfecture pour renouveler ses papiers. Or, l’impossibilité de la prise de rendez-vous fait que ces personnes tombent soudainement dans l’irrégularité. « J’ai l’exemple d’une dame de 39 ans, qui travaille à Carrefour, raconte la députée. C’est une réfugiée vietnamienne arrivée en France dans son enfance. À cause du retard pris avec la préfecture, elle s’est retrouvée sans papiers. Et elle s’est fait licencier. »
Dans le milieu associatif, le malaise est profond. « On se retrouve à faire le boulot de l’État », peste Marguerite Rollinde. Mais face aux portes closes des préfectures, ces militants ne peuvent rien. Pas plus qu’ils n’ont aucune prise sur cette économie parallèle de ventes de rendez-vous. Reste la voie judiciaire.
Même la justice n’y peut rien (...)
Que faire alors ? Payer. C’est la seule voie qui fonctionne.
Nous avons contacté la préfecture de Seine-Saint-Denis – qui, avec l’Essonne, est le département où cette situation est la plus criante. Réponse : « Nous vous invitons à contacter le ministère de l’intérieur. » Ce que nous faisons, en toute bonne foi. Et que nous dit le ministère ? « L’organisation de l’accueil des étrangers dans chaque préfecture relève de la compétence du préfet. » Quand personne n’est responsable de rien, peut-on dire que chacun est irresponsable ? (...)
La seule réalité, c’est que la dématérialisation a rendu les démarches plus longues pour les usagers et plus chères pour l’État. Bien que les choses avancent, petit à petit. Depuis la rentrée, la préfecture autorise l’envoi de documents par voie postale ou numérique. Révolution !
« Le système est fait contre les sans-papiers », martèle Marguerite Rollinde. Une machine à créer de l’illégalité, de la précarité. Et l’État n’y fait rien. Bien au contraire.