La dérive vers des pratiques violentes de la part de la police française commence avec Sarkozy. Ceci apparaît évident grâce aux différentes contributions au livre sous la direction de Laurent Mucchielli, La frénésie sécuritaire, en particulier par Christian Mouhanna, Serge Slama et Mathieu Rigouste, qui est aussi auteur de La domination policière, une violence industrielle, dans lequel montre la généalogie coloniale des BAC.
Mais, c’est surtout avec Valls et ensuite avec Collomb-Castaner-Macron que se développe la dérive musclée de la police française version XXI siècle. En particulier, le premier épisode flagrant de cette montée violente semble bien avoir été le 1er May 2016. J’y étais et j’ai vu, à l’auteur de Ledru Rollin, la police pénétrer violemment la manif pour couper le cortège avec des grilles de plus de 4 mètres, lançant des grenades de désencerclement et des lacrymogènes et coups de matraques). Une action que depuis longtemps était inimaginable lors d’une manif de 1er mai et qui encore plus a choqué lors du 1er Mai 2019 avec l’attaque direct meme sur la tête du cortège de la CGT.
Selon quelques commentateurs la police française ne serait pas encore assez formée/entrainée dans la gestion des manifs et ce serait pour cela qu’elle fait un emploi « maladroit » des moyens dont elle vient d’être équipée. (...)
les modalités de l’action policière un peu partout dans les pays soi-disant démocratiques montrent une hybridation de pratiques policières et militaires ; voir par exemple, l’emploi des flashball comme une arme au calibre de guerre qui cependant est considérée comme « non létale » ; on est bien dans la conjoncture de l’inflation des oxymores (« guerre humanitaires », « action proactive » qui justifierait le recours à l’action musclée pour prévenir ou meme pour « garantir la liberté de manifester »).
Selon quelque uns la police aurait été contrainte au recours à la violence parce que les manifestants seraient aujourd’hui plus violents : M.me Isabelle Sommier (dans Libération) cite le chiffre que seules 5% des manifestations étaient violentes dans les années 80-90 (dans la manie de donner des chiffres, n’importe quelle élucubration chiffrée passe par source fiable).
Rappelons juste que dans les années 1970 et meme 1980 on a eu en Italie et dans d’autres pays dits démocratiques des manifestations encore plus violentes qu’aujourd’hui (...)
Il est vrai que le durcissement de l’action policière correspond aussi au souci du pouvoir de « marquer le coup » pour montrer qu’il défend les quartiers des nantis, qui depuis très longtemps se croient à l’abris de cette « populace dangereuse ». Mais on a vu que le résultat de cette action n’a pas de tout protégé les boutiques des riches. (...)
Castaner-Macron ont misé sur le déploiement d’un nombre énorme de flics par ailleurs pour les 2/3 meme pas formés au maintien de l’ordre auquel meme ceux formés s’y prenaient très maladroitement (du point de vue du professionnalisme répressif).
Or, au-delà des spécificités et particularités du contexte français, comme on peut le déduire aussi à travers les divers reportages et dossiers publiés par Médiapart depuis des mois, il apparaît évident que le problème n’est pas que la gestion Castaner-Macron et la police ne soient pas dotées d’un savoir et de moyens appropriés pour la gestion de l’ordre. Le fait est que ce gouvernement a choisi le « MUR », la négation de toute négociation, ce qui est évident dans le dernier discours par lequel Macron prétendait boucler l’histoire des gilets jaunes, et le baratin de son prétendu écouter les gens.
Or, cela était bien prévisible non seulement parce que ce gouvernement croit tenir sans risque le « couteau par le manche » avec la majorité absolue dont dispose au Parlement et le soutien de tous les grands et petits dominants. Le choix du gouvernement est propre à la logique libériste qui use et abuse de la force de l’Etat au service des lobbies prêtes à tout faire pour le soutenir. Une logique qui exclue précisément la négociation qui veut éroder et meme faire disparaitre les syndicats et les oppositions (comme le montre matériellement l’attaque à la tête du cortège de la CGT, et il est stupéfiant que les dirigeants de ce syndicat ne se rendent pas compte que c’est ça le libérisme).
Il faut aussi rappeler que la question n’est pas qu’on est en face à une dérive autoritaire ou allant vers un Etat policier ou d’exception. Autoritarisme et pseudo-démocratie, exception et gestion pacifique des conflits que les pouvoir provoquent, coexistent toujours. Qu’on le demande aux jeunes des banlieues ou aux gens de la Zad et à bien d’autres victimes de tous les maux et tout d’abord d’une mortalité due aux pollutions et qui quand ils réagissent sont massacrés ou traités comme des terroristes, voir en ennemis de l’Etat.
On est dans ce qui déjà par le passé on a appelé le « fascisme démocratique », mais qui passe sans besoin de coup d’Etat ou d’involution à coups de parades policière-militaires. Et cela davantage car est consubstantielle à la montée du soi-disant souverainisme-populisme. Les populations des pays dits démocratiques seront contraintes à choisir entre les Macron et les autres pseudo-démocrates ou les Trump, les Le Pen, les Salvini, voir entre deux faces de ma meme médaille.
Comme le montre l’Histoire populaire de la France de Gérard Noiriel, ainsi que toute l’histoire de l’humanité, on a toujours vu des conjonctures de défaites des luttes des travailleurs et en général des dominés, et quelques leurs victoires mais éphémères. Mais l’instinct meme de survie et la violence du pouvoir ne peuvent que repousser à la révolte et aux Résistances. (...)
il ne faudra pas s’étonner si à l’avenir on verra resurgir aussi le recours aux armes à feu de la part des polices et meme de la part des manifestants.