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PRÉCARITÉ ET VIOLENCES SEXUELLES ENVERS LES MIGRANTE
Article mis en ligne le 31 janvier 2018

L’enquête ANRS-Parcours a étudié le parcours de vie des personnes migrantes d’Afrique subsaharienne vivant en Ile-de-France. Elle indique que les violences sexuelles subies sur le territoire français par les femmes migrantes multiplient par quatre leur risque d’infection par le VIH.

Les résultats de cette étude menée par Julie Pannetier, Annabel Desgrées du Loû, chercheuses au sein d’une équipe de recherche Inserm du Ceped (IRD, Université Paris Descartes), mettent en évidence l’association entre précarité administrative, conditions de vie, violences sexuelles et infection par le VIH chez les femmes d’Afrique subsaharienne ayant migré en France, explique l’ANRS. Ces résultats font l’objet d’une publication dans le premier numéro de l’année 2018 de la revue "The Lancet Public Health". (...)

a santé est un enjeu majeur de la question des migrants et des migrations en France comme dans le monde. La précarité des migrants d’Afrique subsaharienne et principalement des femmes, après leur arrivée en France, en fait une population vulnérable aux différents problèmes de santé et notamment à l’infection par le VIH. L’enquête ANRS-Parcours s’est intéressée aux parcours de vie et à la santé de ces migrants en France.

Les femmes africaines vivant en Ile-de-France sont nombreuses à avoir subi des violences sexuelles au cours de leur vie (définies comme des rapports sexuels imposés contre leur volonté) : 18 % des femmes non infectées par le VIH et 24 % de celles qui ont été infectées par le VIH après leur arrivée en France ont été victimes de rapports forcés, indiquent l’enquête. Si l’on considère uniquement les violences sexuelles subies après leur arrivée en France, il apparaît que le risque pour les femmes africaines de contracter l’infection VIH est fortement augmenté par les violences sexuelles : en effet, 15,1 % des femmes qui ont été infectées par le VIH après leur arrivée en France ont subi des violences sexuelles en France (contre 3,5 % chez les femmes non infectées), expliquent les chercheuses.

Ainsi, après prise en compte des différences d’âge de ces femmes lors de l’enquête, et lors de leur migration, et de leurs différents niveaux d’étude, les violences sexuelles subies en France sont quatre fois plus fréquentes chez les femmes qui ont contracté le VIH après la migration, apportant un argument fort en faveur du rôle causal des violences sexuelles dans l’acquisition de l’infection.

Par ailleurs, les chercheuses et chercheurs ont également analysé l’impact des conditions de vie (situation administrative de séjour, mode de logement), des types de relations sur la survenue de violences sexuelles. Ils montrent que l’insécurité administrative vis-à-vis du séjour (pas de titre de séjour établi ou de très courte durée), l’instabilité du logement (avoir à changer souvent de logement) et la situation d’hébergement par des proches, exposent aux violences sexuelles de façon directe (quel que soit le type de relations) et indirecte (lorsque la précarité s’accompagne de relations multiples, occasionnelles, parfois transactionnelles, c’est-à-dire acceptées contre de l’argent, un hébergement, des aides), commentent-ils. En outre, les femmes qui ont émigré en raison de violences ou de menaces dans leur pays apparaissent plus exposées aux violences sexuelles après la migration. (...)