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Municipales : victoire des écologistes sur fond de pandémie
Article mis en ligne le 16 mars 2020

Malgré une abstention record et la menace d’un report du second tour, les écologistes ont réalisé de très bons scores dans de nombreuses villes. Ces résultats confirment la primauté des Verts à gauche et démontrent leur capacité à conquérir le pouvoir.

L’écologie est paradoxalement la grande gagnante et la grande perdante de cet étrange scrutin. « Les listes écolos et d’union de la gauche réalisent de très bons scores, mais cette victoire est en trompe-l’œil, car elle ne pourra pas se concrétiser… puisqu’il n’y aura pas de second tour », résume le politologue Rémi Lefebvre. Car disons-le tout de go : les résultats de ce vote comportent une énorme inconnue. Y aura-t-il un second tour ? Au vu de l’abstention — près de 56 % des votants — et de l’augmentation rapide du nombre de contaminations — 900 cas supplémentaires en un jour, a annoncé dimanche soir le ministre de la Santé, Olivier Véran —, les voix se sont élevées à l’unisson pour réclamer un report de l’élection. « Avec une abstention record, avec une campagne impossible… maintenir [le second tour] serait mauvais pour la santé des citoyens, mais aussi pour celle de la démocratie », a ainsi écrit le député insoumis François Ruffin sur Twitter. (...)

Dans ce contexte lourd et confus, « il est très difficile de tirer des conclusions, reconnaît Julien Bayou. L’épidémie écrase tout commentaire ». Dommage, car cette élection, en temps normal, aurait pris des airs de fête pour les écologistes, qui ont réalisé ce 15 mars d’excellents scores, particulièrement dans les grandes villes. Le politologue Simon Persico constate ainsi « une forte progression de l’écologie au niveau local, avec des résultats bien supérieurs à ceux de 2014. Ça ancre les Verts à des niveaux inédits et ça affiche leur capacité à conquérir le pouvoir ».

Voici donc quelques communes où les écologistes et les listes d’union de la gauche ont réalisé des percées électorales (les chiffres ne sont pas définitifs) : (...)

« dans plusieurs grandes villes, comme Lyon ou Toulouse, ils peuvent gagner », en faisant des alliances avec les forces de gauche. Surtout parce que ces résultats confirment le leadership des Verts à gauche, dans une période de recomposition de l’arc politique. « EELV a réalisé des percées d’autant plus fortes que le maire sortant était de droite, car ils ont alors capté la dynamique politique de gauche, dans un arc allant de la France insoumise au Parti socialiste, analyse Simon Persico. Face à des maires de gauche sortants, souvent PS, les Verts ont augmenté leur score, mais ils ne sont pas passés devant le PS, qui a bénéficié de la “prime au sortant” et de bilans souvent écolos ». (...)

Outre les listes « 100 % écolos », les listes d’union de la gauche ont marqué des points, comme à Besançon ou Marseille. Les listes participatives ont obtenu des scores très variables, selon les communes (...)

« Mais comme ces élections seront à coup sûr reportées, ces résultats ressemblent à une victoire à la Pyrrhus, insiste Rémi Lefebvre. Les Verts ne pourront pas capitaliser sur leurs bons scores, et toutes les dynamiques participatives et d’alliance risquent d’être coupées dans leur élan. Ces élections municipales devaient aussi servir de booster pour l’union de la gauche, en vue notamment des prochaines présidentielles. Tout ceci est aussi remis à plus tard. » (...)

Ce scrutin est également un camouflet pour le parti présidentiel. Symbole de cette déroute, le Premier ministre, Édouard Philippe, est menacé dans sa ville du Havre (...)