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Le néoautoritarisme, un retour au passé
Article mis en ligne le 1er décembre 2018
dernière modification le 29 novembre 2018

L’arrivée de Bolsonaro teintée de ce curieux mélange d’autoritarisme, de néolibéralisme et de religion interroge curieusement la situation de ces pays du printemps arabe à l’épreuve d’un retour aux années de plomb.

Le Maroc, une monarchie du Sud, est entrain de standardiser ces pratiques néo-autoritaires, où s’opère une jonction entre l’autoritarisme, la religion, et la diffamation des contestations..

Une première historique

Au lendemain du printemps arabe, au Maroc, en Tunisie, ou en Egypte nait une première historique : pouvoir porter au pouvoir avec une liberté démocratique des prédicateurs religieux.

Le clergé incarne ainsi le « dégagisme », il est le plus indiqué dans l’ambiance générale pour préserver la moralité en se présentant comme le candidat « antisystème ». En dépit de la rue [i] le soutien aux urnes et à la démocratie a été relativement élevé (45 %), Les classes moyennes (et les intégristes) qui étaient dans la rue se sont ralliés à lui. Il est pour eux un mal nécessaire pour « réformer le pays ».

Néoautoritarisme moralisateur

Malgré les affichages de bonne intention, le parti du clergé établit une alliance avec les forcesles plus conservatrices de sa communauté religieuse, et contre toute attente, élabore un « pacte » avec les nouveaux hommes dur de l’autoritarisme monarchique[ii] dans un pays toujours en « transition », mais « bon élève ». La violence de la néolibérale, mêlée à la répression des contestations va passer ainsi pour douce, une douceur insidieuse et paternaliste grâce aux prédictions du clergé qui croyait au mythe du « marocain cordial et obéissant »[iii].

En réalité, on observe que la violence n’est pas tant exercée par le Makhzen mais par le silence du clergé, repris dans l’ambiance générale, qui a endossé progressivement la haine de la rue, de la parole citoyenne et de la démocratie participative[iv]. Maintenant les marocains sont obligés de regarder la main du clergé derrière le contrôle des ONG qui dérangent dans le débat public[v], la diffamation du Hirak du Rif, rapports de droits de l’homme condamnés, et censure d’une Liberté d’expression « non autorisée ».

« L’Etat makhzenien a plus recours à la religion qu’à la violence » observe le politologue El Bouz. « Je pense que c’est un changement important dans cette nouvelle forme d’autoritarisme ». Mais si le régime utilise aujourd’hui les mêmes moyens que les années de plomb, il a recours à la prédication et confréries religieuses, à l’usage de la violence et à la diffamation des protestataires.

Le grave retour en arrière

Le Marocain est obligé de reparler des blessures historiques qui s’enflamment aujourd’hui partout dans les « territoires vulnérables ». La punition du Hirak du Rif montre le refus de la restitution de la parole, une haine de la dignité, les grands récits nationaux portés par une certaine élite para-étatique n’ont pas bousculé l’ordre ancien.

Ce qui est certain, c’est que, après une ère d’autoritarisme participatif dans les années 2000 le Maroc entre dans une nouvelle période historique déjà commencée de néoautoritarisme moralisateur, une période d’incertitude qui inquiète la plupart des observateurs. (...)

Le Maroc, une monarchie du Sud, est entrain de standardiser ces pratiques néo-autoritaires, où s’opère une jonction entre l’autoritarisme, la religion, et la diffamation des contestations..

Une première historique

Au lendemain du printemps arabe, au Maroc, en Tunisie, ou en Egypte nait une première historique : pouvoir porter au pouvoir avec une liberté démocratique des prédicateurs religieux.

Le clergé incarne ainsi le « dégagisme », il est le plus indiqué dans l’ambiance générale pour préserver la moralité en se présentant comme le candidat « antisystème ». En dépit de la rue [i] le soutien aux urnes et à la démocratie a été relativement élevé (45 %), Les classes moyennes (et les intégristes) qui étaient dans la rue se sont ralliés à lui. Il est pour eux un mal nécessaire pour « réformer le pays ».

Néoautoritarisme moralisateur

Malgré les affichages de bonne intention, le parti du clergé établit une alliance avec les forcesles plus conservatrices de sa communauté religieuse, et contre toute attente, élabore un « pacte » avec les nouveaux hommes dur de l’autoritarisme monarchique[ii] dans un pays toujours en « transition », mais « bon élève ». La violence de la néolibérale, mêlée à la répression des contestations va passer ainsi pour douce, une douceur insidieuse et paternaliste grâce aux prédictions du clergé qui croyait au mythe du « marocain cordial et obéissant »[iii].

En réalité, on observe que la violence n’est pas tant exercée par le Makhzen mais par le silence du clergé, repris dans l’ambiance générale, qui a endossé progressivement la haine de la rue, de la parole citoyenne et de la démocratie participative[iv]. (...)

« L’Etat makhzenien a plus recours à la religion qu’à la violence » observe le politologue El Bouz. « Je pense que c’est un changement important dans cette nouvelle forme d’autoritarisme ». Mais si le régime utilise aujourd’hui les mêmes moyens que les années de plomb, il a recours à la prédication et confréries religieuses, à l’usage de la violence et à la diffamation des protestataires.

Le grave retour en arrière

Le Marocain est obligé de reparler des blessures historiques qui s’enflamment aujourd’hui partout dans les « territoires vulnérables ». La punition du Hirak du Rif montre le refus de la restitution de la parole, une haine de la dignité, les grands récits nationaux portés par une certaine élite para-étatique n’ont pas bousculé l’ordre ancien.

Ce qui est certain, c’est que, après une ère d’autoritarisme participatif dans les années 2000 le Maroc entre dans une nouvelle période historique déjà commencée de néoautoritarisme moralisateur, une période d’incertitude qui inquiète la plupart des observateurs. (...)
Cela souligne « le grave retour alarmant en arrière, la transition ne sera désormais plus une priorité », souligne Pr. Hamoudi. Le Maroc semble parachever le virage vers une nouvelle polarisation amorcé ces deux ou dernières années.

Une polarisation inédite : les Anti, « la principale force politique »

Les islamistes (et les autres partis) suscitent un vif rejet. (...)

Depuis trois ans, au terme de manifestations monstres qui ont révélé, en réaction aux sentiments d’injustice, on assiste à la montée dans le pays d’une jeunesse frustrée, un « new party digital » qui dénonce un Etat Léviathan et absolu. C’est un mouvement en mouvement au sens propre du terme. Ce sont des individus nouveaux, discrets, parfois militants, mais ils arrivent à coaliser vite et en nombre fabuleux.

Ces prises de parole témoignent de jeunesses fatiguées des énoncés et des élus. Les réseaux remplacent les autorisations de parole. Quand les sociétés se fâchent, l’autorisation est tout autre. Celle des Marocains est inattendue : la rue, le digital et médiatisation internationale (diaspora). Et aujourd’hui les stades.