A la fin du mois de juillet dernier, trois touristes sud-américaines sont arrêtées par la police aux frontières de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Elles sont ensuite placées en rétention à Paris puis Oissel près de Rouen sans motif valable. Une affaire qui ressemble à un véritable cauchemar.
Au départ, Wilma, Lilianna et Jennifer ne se connaissent pas du tout. Wilma, vénézuélienne, veut se rendre à Genève, en Suisse, pour rendre visite à son fils de 20 ans qui est très malade. Lilianna, elle, a décidé de prendre quelques jours de vacances à Madrid tout comme Jennifer. Toutes deux sont colombiennes. Contrôlées par la police aux frontières à l’aéroport de Roissy, elle sont ensuite placées en garde à vue puis en rétention administrative. Un abus de procédure selon le tribunal de Rouen.
Fin de voyage à l’aéroport de Roissy
Les trois touristes arrivent à Paris à la fin juillet à des dates différentes. Elles ont un point commun : elles sont en transit et doivent prendre une correspondance, soit pour Genève soit pour Madrid. Elles n’ont pas pour projet de rester en France. (...)
De la garde à vue au centre de rétention
Wilma, Liliana et Jennifer auront toutes trois été brièvement en garde à vue. Elles sont ensuite placées en rétention administrative dans le centre ZAPI 3 (Zone d’attente de personnes en instance), tout près de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Une décision de la préfecture de Seine-Saint-Denis. Dans ce centre, on remet aux trois sud-américaines, une serviette, du dentifrice, une brosse à dents, du shampoing et deux draps. On leur enlève les appareils photos et même les téléphones.
"Nous avons été traitées comme des criminelles" - Wilma, qui a passé douze jours en centre de rétention
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Jennifer, 23 ans, passera de son côté deux fois devant un juge. Elle a désormais tous les documents qu’elle a pu se procurer grâce aux ordinateurs à disposition : réservation d’hôtel valide, une assurance, une carte de débit active et l’argent nécessaire. Le juge décide néanmoins de la laisser en rétention huit jours de plus. Elle aussi refuse à trois reprises de retourner en Colombie. Elle est désormais en état d’arrestation. Elle est considérée comme hors-la-loi. "J’avais l’impression qu’on me considérait comme une immigrante illégale, c’est terrible" ajoute Jennifer. (...)
Elles n’ont pourtant jamais cessé d’expliquer qu’elles n’avaient aucune intention de rester en France, que leur destination n’est pas la France mais bien Madrid et Genève. Mais même la preuve de leur voyage retour dans leur pays ne change rien. Wilma, Liliana et Jennifer sont ensuite transférées à Oissel, au sud de Rouen. Elles vont s’y rendre toutes les trois dans le même fourgon.
Sur la route du deuxième centre de rétention, les policiers se moquent d’elles
Dans le fourgon, elles ne savent pas où elles vont. Elles passent des péages, mais c’est l’inconnu. Les policiers présents dans le véhicule - cinq au total - se seraient moqués d’elles. Le voyage va durer trois heures. Une fois au centre de rétention de Oissel, on les nourrit et elles sont prises en charge par des médecins. Jennifer n’est pas très bien. Il y a cinq ans, elle a eu un cancer du colon. Elle va mieux désormais mais doit prendre des médicaments. Sauf qu’ils sont dans sa valise restée à Roissy. Une absence de traitement qui la rendra très malade.
A Rouen, le tribunal libère Wilma, Lilianna et Jennifer
Les trois touristes sont convoquées au tribunal de Rouen le dimanche 11 août. Une avocate rouennaise, Bérengère Gravelotte, est commise d’office. Lors de cette audience, le juge des libertés et de la détention est clair : rien ne justifiait un tel traitement. Pour lui, la rétention est irrégulière. Wilma, Lilianna et Jennifer sont libres. La préfecture de Seine-Saint-Denis doit payer les frais d’avocat. (...)
"Elles ont réussi à avoir toutes les garanties mais ça ne suffisait pas" - L’avocate des touristes, qui dénonce une procédure non justifiée (...)
cette garde à vue était un prétexte pour que la préfecture de Seine-Saint-Denis ait le temps de prendre deux arrêtés : une mesure d’éloignement du territoire français et un placement en rétention (...)
Une fois libres, elles sont abandonnées sur le bord de la route
"On nous a demandé de partir très rapidement du centre de Oissel", se souvient Lilianna. A peine le temps de récupérer leurs quelques affaires, les trois sud-américaines se retrouvent sur le trottoir, le dimanche 11 août. Jennifer ne cesse de vomir, elle est très malade. Elles ont en leur possession un récépissé pour récupérer leur passeport à la préfecture de Bobigny. (...)
C’est là qu’Elsa s’arrête : "J’étais obligée, je les ai vues en détresse. On ne laisse pas trois femmes en détresse". Elle continue : "Au bout d’un moment, on arrive à se comprendre. Je comprends où elles doivent se rendre et je leur montre sur une carte. Elles s’effondrent".
Elles ont compris qu’elles ne pourront pas récupérer leur passeport tout de suite" - Elsa, qui a recueilli les trois touristes
Elsa décide de les emmener chez elle. Elles y dormiront plusieurs jours : "Heureusement, j’avais gardé des vieux matelas chez moi, elles ont dormi dans le salon" confie-t-elle.
Une procédure sans fin
De son côté, la préfecture de Seine Saint Denis fait appel de décision du juge de Rouen. Selon eux et la déclaration d’appel que nous avons pu consulter, le tribunal de Rouen n’a pas les compétences pour statuer sur cette affaire. (...)
En appel, lors d’une audience le mardi 13 août, le juge rouennais confirme l’annulation de la rétention. Rien ne justifiait la garde à vue ni la rétention. (...)
Elsa a ensuite décidé de passer le relais. C’est Adriana, une bénévole de l’association Welcome qui héberge désormais les trois touristes
Quel avenir pour les trois touristes ?
Les trois touristes sont toujours sous le coup d’une procédure d’éloignement. "J’ai demandé un recours au tribunal administratif de Rouen pour qu’il l’annule. Le délai avant une audience peut atteindre les six semaines" explique l’avocate. Elle continue : "Je me concentre là dessus aujourd’hui". Par ce recours, la procédure d’éloignement est suspendue. Wilma, Liliana et Jennifer ont donc la possibilité de rentrer chez elles.
Je n’explique pas ce qui s’est passé. Je ne comprends pas. Ce que je sais c’est qu’il y a eu abus dans la procédure. Le juge l’a confirmé" - Maître Bérengère Gravelotte.
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Maître Gravelotte nous a confirmé qu’une demande de dommages et intérêts est envisagée. Aujourd’hui, les trois touristes ont une image catastrophique de la France. Jennifer et Lilianna n’ont qu’une seule envie : repartir en Colombie et oublier à jamais cette terrible mésaventure. Il n’est pas question de rentrer pour Wilma, elle veut se rendre à Genève comme prévu : "Je veux qu’on me laisse partir, s’il vous plaît, je veux qu’on me laisse partir voir mon fils" implore t-elle, en larmes.
Chacune leur tour, à notre micro, elles auront un mot pour les femmes qui les ont aidées : Elsa, Adriana et leur avocate. Pendant son récit, Jennifer a cette phrase : "Mon voyage à Madrid devait durer 38 jours, j’ai en déjà passé 28 en France".