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La montée du fascisme
Article mis en ligne le 1er octobre 2019

En affirmant qu’« une guerre d’extermination contre l’homme blanc hétérosexuel » se livrait, Éric Zemmour a rompu une digue, marquant la progression constante des idées fascistes dans le pays. Sans que l’oligarchie y répugne vraiment. Ce qui est en jeu dans la bataille politique d’aujourd’hui, c’est notre commune humanité.

Des mots terribles, prononcés samedi 28 septembre, ont à peine choqué. Un essayiste réputé, ayant table ouverte sur — au moins — deux grands médias du pays (Le Figaro et CNews) a pu dire que se livre « une guerre d’extermination contre l’homme blanc hétérosexuel » (à 10’20’’). Le choix du mot est terrible : « extermination ». « Action de tuer entièrement, jusqu’au dernier », nous dit le dictionnaire. Ce que, précisément, le nazisme a voulu faire au peuple juif. Parfaitement conscient de ce que les mots veulent dire, M. Zemmour a évoqué le nazisme pour désigner « l’islamisme » qui menacerait notre société. (...)

M. Zemmour a pu proférer ces mensonges, cet appel à la haine, cette vision du monde terriblement régressive, sans hésiter, devant une salle pleine réunie pour « la convention de la droite ». Son discours a même été retransmis, quasi in extenso, sur LCI, une chaîne filiale de TF1, appartenant au groupe Bouygues.

De nouveau, une digue a lâché. (...)

Cette digue des concepts et des mots est la deuxième à lâcher, après celle des libertés publiques et de l’État de droit. Nous nous sommes habitués depuis des années à accepter que la police et l’État puissent piétiner les libertés publiques, arrêter des personnes sans motif, empêcher les gens de manifester, tuer en banlieue et éborgner dans les centres-villes. À ce que, en fait, l’État puisse enfreindre en permanence, plusieurs des règles qui définissent une démocratie. Ouvrant la voie à l’arbitraire généralisé quand un parti n’ayant plus les quelques prétentions démocratiques qui subsistent chez les dirigeants d’aujourd’hui parviendrait au pouvoir.

Depuis quelques semestres, un débat discret agite la gauche radicale : sommes-nous ou non en voie de fascisation ? Le capitalisme n’évolue-t-il pas, pour maintenir son ordre inégalitaire et son système croissanciste, vers une forme politique que le terme d’autoritarisme ne suffit plus à définir ? (...)

Mathieu Rigouste, un des meilleurs spécialistes des politiques répressives, (...) résume ainsi la situation : « Miliciarisation et militarisation, unification d’un bloc bourgeois autour des droites extrêmes, massification carcérale et de l’internement des “indésirables”, écrasement des résistances populaires. Face à la crise globale, les classes dominantes savent très bien ce qu’elles préparent. » Et de rappeler la phrase de Brecht : « Le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie mais son évolution en temps de crise. » Nous en sommes là.