Spécialiste des mammifères, Pierre Rigaux dénonce l’emprise de la chasse sur les paysages, et démontre que ses fonctions « régulatrices » sont fictives. En cause : l’élevage massif d’animaux à chasser. Reporterre l’a accompagné battre la campagne, au cœur de la saison des moteurs de 4x4, des aboiements et des coups de feu.
« Nous sommes en semaine, c’est calme, observe Pierre Rigaux, 37 ans, membre de la Société française d’étude et de protection des mammifères (SFEPM), au volant de sa camionnette bringuebalante. Sinon, il n’y aurait aucun promeneur, seulement des chasseurs partout. C’est fou, ce loisir où, chaque week-end, des dizaines de milliers de gens se promènent dans la campagne avec une arme à feu et tirent des centaines de milliers de balles de fusil. » En 2015, la France comptait plus de 1,1 million de chasseurs, selon la Fédération nationale. « 700.000 à 800.000 pratiquent vraiment. Ce nombre décroît mais il reste plus important que dans les autres pays européens. » (...)
« 20 millions d’animaux sont élevés chaque année pour la chasse, c’est autant que les cochons pour la viande », indique Pierre Rigaux. Le Syndicat national des producteurs de gibier de chasse a dénombré quelque 1.500 élevages d’où sont issus 14 millions de faisans, 5 millions de perdrix grises et rouges, 1 million de canards colverts, 100.000 lapins de garenne, 40.000 lièvres, 10.000 cerfs et 7.000 daims. En tout, un tiers des 30 millions d’animaux tués chaque année seraient issus d’élevages. « Dans les plaines cultivées, on ne trouve quasiment que ça. L’argument selon lequel la chasse est nécessaire à la régulation des espèces en prend un coup », souligne Pierre Rigaux. (...)