Leurs parents ne maîtrisent pas le français, ils sont donc leurs interprètes : à eux de renseigner les impôts ou de traduire les propos du médecin. Une responsabilisation prématurée pour ces enfants.
(...) « A la fin du CP, je savais parler français », se souvient la brunette. Au bout d’un moment, la jeune élève sent que demander l’aide de sa tante et de ses cousins commence à devenir gênant. En CE2, l’aînée de la fratrie – ses deux sœurs naîtront en France – se met alors à exercer un contrat à durée indéterminée : celui d’interprète et de modératrice entre ses parents et l’environnement social (institutions, médecins, etc.). (...)
A l’époque, l’élève studieuse doit parfois sécher des cours pour aider sa famille. Aujourd’hui, la jeune femme de 23 ans continue, au quotidien, de poser des jours pour accompagner ses parents aux rendez-vous médicaux. Et, chaque année, elle renseigne leurs impôts avec soin, avant même qu’on la sollicite. (...)
La « secrétaire de la maison »
A travers leurs travaux, les psychologues Muriel Bossuroy et Perrine Jouve observent que ce sont souvent les aînés qui occupent le rôle de traducteur – ce qui constitue pour eux une source de fierté. En levant la barrière de la langue, les enfants sont responsabilisés dès leur plus jeune âge. « Un jour, on a eu un problème de voiture et on n’avait pas la carte grise avec nous. Spontanément, j’ai sorti les dix-sept caractères d’identification du véhicule de mémoire. La personne à l’autre bout du fil était choquée. Que ce soient des numéros, des identifiants de connexion… je connais tout par cœur ! », dit Arev, qu’on appelle encore « secrétaire de la maison » à 23 ans. Au bout de quelques années de pratique, les grands ont tendance à déléguer aux plus petits, car cette charge de suppléant est lourde (...)