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0rient XXI
L’avenir du Proche-Orient se joue en Iran
Pierre Prier Journaliste.
Article mis en ligne le 12 mai 2019
dernière modification le 11 mai 2019

Quarante ans après la révolution, l’Iran reste l’objet de fantasmes, et même de détestation de la part des gouvernements américain et israélien. Pour ceux qui ne se contentent pas des clichés — entre « le pays des mollahs » et « l’ennemi de l’Occident » —, trois livres récents ouvrent les portes de la République islamique (...)

Armin Arefi n’avait pas pu remettre les pieds en Iran depuis juillet 2007. Correspondant à Téhéran pour plusieurs médias français de 2005 à 2007, sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, il s’était vu retirer son accréditation par le ministère de la culture et de l’orientation islamique, puis avait dû quitter le pays. Dans un précédent livre paru en 2009, Dentelles et tchador, il revenait sur ces deux années en décrivait des réalités de la société iranienne, en particulier les mille et un stratagèmes d’une partie de la jeunesse pour échapper aux interdits religieux.

L’ouvrage lui avait fermé les portes de la République islamique pour longtemps, écrit Arefi. (...)

Sept ans plus tard, en 2016, Armin Arefi passe le contrôle de police de l’aéroport de Téhéran avec son passeport iranien ; les temps ont changé. Sous le président Hassan Rohani, l’Iran cherche à s’ouvrir au monde. Les Iraniens entrevoient une ouverture au monde grâce à l’accord sur le nucléaire conclu en 2015 à Vienne entre l’Iran, les cinq membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU, l’Allemagne et l’Union européenne, qui sera dénoncé par Donald Trump.

Les choses ont-elles changé dans la vie de tous les jours ? Oui et non, selon l’auteur. (...)

Si la 4G omniprésente permet de multiplier les contacts et les aventures sur la messagerie en ligne Telegram avec ses 20 millions d’abonnés, dans ce pays où 70 % de la population a moins de 35 ans, la pression familiale est toujours forte. (...)

Il y a des jeunes filles qui font des selfies en rejetant leur voile, poursuivies par des dragueurs adolescents, et aussi des porteuses de tchador elles aussi hypnotisées par leur téléphone portable. Des garçons qui disent se moquer de la religion et d’autres qui font leur prière. Mais le journaliste franco-iranien constate aussi la résistance du patriarcat et l’emprise de la famille. (...)

Le lecteur désireux d’acquérir des connaissances de base pourra lire avec profit L’Iran en cent questions, de Mohammad-Reza Djalili, professeur émérite à l’institut de hautes études internationales et du développement de Genève, et Thierry Kellner, maître de conférence au département de sciences politiques de l’Université libre de Bruxelles (ULB). De « Pourquoi Napoléon s’est-il intéressé à la Perse » ? à « Iran-Arabie saoudite : une nouvelle guerre froide ? » en passant par « Existe-t-il une société civile en Iran ? », ce livre didactique, précis et agréable à lire éclaire la complexité iranienne (...)

Au terme de ses tribulations, Armin Arefi repartira avec des sentiments mitigés, entre l’impression d’avoir rencontré une « société jeune et brillante » qui « avance, doucement, mais sûrement, pour forger son destin, à l’abri de toute guerre ou violence » et « pousse les mollahs à accepter le progrès » (...)

Outre le poids des interdits et du patriarcat, les jeunes Iraniens souffrent, malgré les efforts du gouvernement en faveur de l’éducation, du manque de débouchés dans l’économie du pays. (...)