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l’Humanité
Inde. Narendra Modi, la dérive autoritaire
Article mis en ligne le 23 mai 2019
dernière modification le 22 mai 2019

« La plus grande démocratie du monde » a vécu ces dernières années des violences communautaires et de castes, emprisonnements d’opposants et meurtres de journalistes

Presque un poncif. À la faveur des élections législatives en Inde, il est de coutume d’évoquer « la plus grande démocratie du monde ». Certes, les chiffres donnent le vertige : 900 millions d’électeurs (10 % de plus qu’en 2014), un million de bureaux de vote, 11 millions d’agents électoraux et 8 000 candidats. Le suffrage universel suffit-il pour autant à faire une démocratie ? Soixante-neuf ans après l’entrée en vigueur de la Constitution, l’identité politique de l’Inde, son caractère séculaire et multiculturel, n’a jamais semblé autant en danger. Depuis sa prise de pouvoir en 2014, le premier ministre nationaliste Narendra Modi (Bharatiya Janata Party, BJP), candidat à sa réélection, n’a cessé de remettre en cause les libertés individuelles. La dérive autoritaire s’exprime sur plusieurs fronts.

Durant cinq ans, alors que l’essentiel des pouvoirs s’est concentré autour de sa personne – reléguant ses ministres à un rôle honorifique –, le chef du gouvernement a travaillé l’opposition entre la majorité ­hindoue et les 172 millions de musulmans. Le discours faisant de ces derniers une cinquième colonne exogène a été poussé jusqu’à l’extrême dans l’État de l’Assam, où 130 000 personnes ont été déchues de leur nationalité faute de pouvoir prouver leur présence.