Quatre jours après l’assassinat de son époux, le président haïtien Jovenel Moïse, la Première dame, blessée dans l’attaque du commando, s’est exprimée via son compte Twitter, appelant à poursuivre la "bataille" livrée par son mari dans un pays gangrené par les gangs, et plongé dans une grave crise institutionnelle.
"Je suis vivante", dit-elle en créole dans un message audio sur Twitter, sa première intervention publique depuis l’attentat. "Je suis vivante mais j’ai perdu mon mari, Jovenel", ajoute-t-elle dans cet enregistrement authentifié pour l’AFP par le ministre haïtien de la Culture et de la Communication, Pradel Henriquez. (...)
Un des enfants du couple présidentiel, Jomarlie, se trouvait au domicile de ses parents au moment de l’attaque mais celle-ci s’est cachée dans une chambre à coucher, a déclaré le magistrat, Carl Henry Destin, au journal Le Nouvelliste.
"Je ne vous abandonnerai pas"
Le président du pays le plus pauvre des Amériques se battait, affirme sa veuve, pour "les routes, l’eau et l’électricité, le référendum et les élections prévues en fin d’année".
Ces élections, avec l’insécurité grandissante, cristallisaient l’impopularité de Jovenel Moïse auprès de ses compatriotes. La présidentielle et les législatives, plusieurs fois reportées, devaient avoir lieu le 26 septembre pour le premier tour et le 21 novembre pour le second. (...)
Dans la capitale Port-au-Prince, les activités ont timidement repris samedi dans les rues, désertées pendant deux jours de crainte de violences, le pays étant gangréné par les gangs.
Mais loin de la frénésie habituelle, c’est la peur qui régnait au sein de la population après ce crime aux circonstances et au mobile toujours très flous.
"Chercher une vie meilleure ailleurs"
Plus de 200 personnes voulant fuir leur pays se sont pressées, samedi, devant l’ambassade des États-Unis, dans la banlieue de Port-au-Prince.
"Si le président peut être assassiné ainsi, ça n’est pas moi, simple citoyen, qu’on va épargner. Je suis obligé de demander l’asile pour chercher une vie meilleure ailleurs", a expliqué Louis Limage à l’AFP. (...)
"Notre pays ne nous offre vraiment rien sur le plan socio-économique. En tant que grande puissance mondiale, les États-Unis offrent des opportunités aux gens dans le besoin. On cherche du travail pour subvenir aux besoins de nos familles," témoigne Smith Rémolien.
Le gouvernement haïtien avait demandé, vendredi, aux États-Unis d’envoyer des troupes en Haïti, pour aider à sécuriser des sites stratégiques. Un haut responsable de l’administration américaine a déclaré à l’AFP que cette option n’était pas prévue à ce stade.
Première république noire de l’histoire, Haïti a été miné par l’instabilité politique puis marqué par près de trois décennies de la dictature des Duvalier, père et fils. Ce pays des Caraïbes n’a pas vu son économie prospérer et 60 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté.
La Première dame d'#Haïti Martine Moïse, blessée mercredi par des assaillants qui ont tué le président Jovenel Moïse, a appelé sur Twitter la population à poursuivre la "bataille" menée par son mari #AFP pic.twitter.com/1TnudDZx0c
— Agence France-Presse (@afpfr) July 10, 2021