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RFI
Pierre Fritznel : « Le peuple haïtien n’en peut plus de la situation sécuritaire »
#Haiti #gangs
Article mis en ligne le 21 mai 2026

En Haïti, dix jours après les violents affrontements entre gangs à Cité Soleil, la situation reste préoccupante. Des milliers d’habitants ont fui les violences, tandis que la police peine à reprendre durablement le contrôle de la commune. Entre espoirs placés dans la force multinationale et inquiétudes face aux abus documentés sur le terrain, les défenseurs des droits humains tirent la sonnette d’alarme. Entretien avec Pierre Fritznel, responsable de l’ONG Combite pour la paix et le développement.

(...) Pierre Fritznel : Le calme n’est pas encore revenu. La situation reste extrêmement préoccupante et dramatique pour la population. Nous parlons de milliers de personnes déplacées, de maisons incendiées et d’un nombre très important de victimes. Les affrontements entre gangs ont créé un climat de terreur permanent dans plusieurs quartiers de Cité Soleil et dans les zones limitrophes. Même si la police nationale a tenté d’intervenir pour limiter les violences et permettre à certaines familles de fuir, les habitants vivent toujours dans la peur de nouvelles attaques. Beaucoup ont dû abandonner leurs maisons sans savoir s’ils pourront un jour y retourner. Les sites de déplacés, notamment à Delmas, continuent de recevoir de nouvelles familles qui arrivent sans ressources et dans des conditions extrêmement précaires.

Donc, pour l’instant, les habitants qui ont fui ont-ils pu rentrer chez eux ?

Non, car les gangs continuent de mener des incursions et les affrontements restent fréquents. Certaines familles sont encore bloquées chez elles, incapables de sortir à cause des échanges de tirs. D’autres ont réussi à fuir de justesse grâce à l’intervention de la police.

Face à cette puissance des gangs, quelles sont aujourd’hui les capacités réelles de la police nationale haïtienne ?

Le problème est profondément structurel et remonte à plusieurs années. À Cité Soleil, l’État a progressivement disparu. Des commissariats, des tribunaux et même des bureaux d’état civil ont été détruits ou abandonnés après les offensives des gangs. Cela montre à quel point les institutions publiques se sont effondrées dans certains quartiers (...)

La nouvelle force de répression des gangs peut-elle changer la donne ?

La population haïtienne place énormément d’espoir dans cette nouvelle force parce que la situation actuelle est devenue insoutenable. Les attentes sont très fortes : reprendre le contrôle des territoires occupés par les gangs, réduire les enlèvements, sécuriser les axes routiers, protéger les civils et permettre enfin un retour à une certaine stabilité. Mais tout dépendra des moyens réels accordés à cette mission, de sa capacité opérationnelle et surtout de la coordination avec la police haïtienne. Si cette force souffre des mêmes problèmes de financement, d’équipement ou de stratégie que la précédente force d’intervention, les résultats risquent d’être très limités.

Pour l’instant, seuls 400 soldats tchadiens sont arrivés. Est-ce suffisant ?

Non, clairement, ce n’est pas suffisant face à la puissance actuelle des groupes armés. (...)

Nous sommes très préoccupés par les conséquences de certaines opérations sécuritaires, notamment avec l’utilisation de drones explosifs. Il existe aujourd’hui une grande opacité autour de ces opérations. (...)

Il y a aussi des accusations d’exécutions sommaires et de violences lors des opérations policières ?

Oui, malheureusement, nous continuons de documenter des cas très graves. Nous parlons de disparitions forcées, d’exécutions sommaires et d’abus commis contre des civils lors de certaines opérations de sécurité. Dans plusieurs quartiers populaires, la proximité géographique entre habitants et groupes armés crée une suspicion généralisée. (...)

La population a besoin de sécurité, mais cette sécurité doit aussi respecter les droits fondamentaux.