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Le Monde
Grodno, dernière étape biélorusse des migrants avant la Pologne
Article mis en ligne le 31 octobre 2021

La ville, proche de la frontière, s’est imposée en quelques mois comme le point de passage obligé d’une nouvelle route migratoire ouverte par le régime de Minsk en réaction aux sanctions européennes.

Assis sur les bancs d’une cour d’immeuble ombragée, à l’abri des grandes artères commerçantes de Grodno, des groupes de migrants fixent leurs téléphones portables en attendant le signal d’un départ. A l’écart, cinq hommes, compagnons de route depuis quelques jours, disent être originaires de Rakka et de Deraa, en Syrie. L’un d’eux parle quelques mots d’anglais et explique avoir entendu parler de la Biélorussie « sur les réseaux sociaux ». Khaldoun, comme il dit s’appeler, raconte avoir pris un avion depuis Beyrouth fin septembre avant d’arriver à Minsk, la capitale biélorusse, où il a reçu un visa touristique l’autorisant à séjourner trente jours dans le pays. A peine arrivé, il a pris la route vers Grodno, toujours guidé par Telegram ou Snapchat. (...)

Grodno, c’est une paisible ville de 350 000 habitants traversée par le Niémen, moins oppressante, moins défigurée par l’omniprésence du drapeau national rouge et vert qu’impose à chaque coin de rue de Minsk le régime d’Alexandre Loukachenko. Mais depuis quelques mois, la cité biélorusse s’est surtout fait connaître comme la dernière étape à atteindre, le dernier obstacle à franchir avant de fouler le sol de la Pologne, située à moins de 15 kilomètres. Khaldoun cherche un point de passage pour rejoindre son objectif, l’Union européenne. S’il n’y parvient pas, « ce sera la Lituanie », explique cet homme sec de 50 ans. « Nous ne rentrerons pas en Syrie. Là-bas, c’est la guerre. »

Lui et les autres, Syriens, Irakiens ou Yéménites, viennent tenter leur chance sur cette nouvelle route migratoire, ouverte avec la bénédiction, sinon la complicité, des autorités. Un journaliste local, qui souhaite garder l’anonymat, les désigne comme « des otages du régime, car Loukachenko veut mettre la pression sur les Européens ». Le dirigeant biélorusse, explique-t-il en substance, a orchestré une vaste campagne touristique pour attirer des migrants du Moyen-Orient ou d’Afrique, et provoquer une crise migratoire afin de se venger des sanctions économiques imposées par l’Union européenne. (...)