InfoMigrants est parvenu à entrer en contact avec plusieurs migrants enfermés dans le camp de Malakasa, près d’Athènes. Ces derniers y ont été transférés le 15 mars après avoir passé deux semaines sur un bateau militaire amarré au port de l’île de Lesbos. Ils racontent leurs conditions de vie et leurs inquiétudes.
Fabrice*, migrant de 23 ans, originaire du Congo :
"La vie dans ce camp est très difficile. Nous vivons sous de grandes tentes sans chauffage. Or, il fait très froid en ce moment. Pour se réchauffer, on passe nos journées sous les couvertures. Le froid nous empêche de nous réunir les uns avec les autres car nous ne pouvons pas rester dehors.
Nous n’avons pas le droit de sortir du camp ou même de parler à des gens de l’extérieur. Des Congolais vivant à Athènes sont venus nous donner des cartes SIM pour qu’on puisse appeler nos proches mais les policiers n’ont pas voulu les laisser approcher. Ils ont alors lancé les cartes SIM dans le camp mais la police les a récupérées.
Notre téléphone est pourtant notre seul lien avec l’extérieur, notre seule vie sociale.
Les mesures d’hygiène contre le coronavirus sont impossibles à respecter ici, l’espace est trop petit. Nous ne pouvons pas nous tenir à plus d’un mètre les uns des autres.
Pour recharger nos téléphones, nous devons faire la queue pendant deux, voire trois heures car il y a très peu de recharges pour nous tous. Nous sommes les uns derrière les autres, on ne peut pas faire autrement.
Depuis notre arrivée, nous n’avons eu aucune information. Les Grecs ne communiquent pas avec nous. Une policière a même dit à un ami : ’Nous ne voulons pas de vous ici’. (...)
Alex, migrant de 33 ans, originaire du Congo :
"Je suis arrivé dans ce camp avec ma femme enceinte et mes deux enfants. Le soir du 26 mars, elle a eu des douleurs très fortes au ventre.
Nous avons averti la police présente dans le camp qui a appelé les secours. Mais l’ambulance a mis plus de deux heures à arriver. Ma femme était par terre à se tordre de douleur.
Ils l’ont finalement emmenée à l’hôpital mais je n’ai pas pu l’accompagner. Elle a accouché par césarienne le lendemain et notre enfant a été placé en couveuse car c’est un tout petit bébé. Il ne pesait que 1,5kg à sa naissance.
Deux jours après son accouchement, ils l’ont renvoyée au camp car il n’y avait pas assez de places à l’hôpital. Le bébé est resté là-bas. (...)
Je me suis énervé auprès de la police pour que ma femme soit renvoyée à l’hôpital car elle saignait et souffrait énormément. Les conditions de vie dans ce camp ne sont pas bonnes, encore plus pour une femme qui sort d’une opération.
Ils ont emmené ma femme mais je ne sais pas où. Depuis ce jour, je n’ai plus de ses nouvelles. Personne ne me donne d’informations. Je ne sais pas si elle est à l’hôpital ou dans un autre camp. Je n’ai aucune nouvelle du bébé, je ne sais pas s’il va bien ni même s’il est en vie.
Je m’inquiète beaucoup, je ne dors pas la nuit car je pense à elle : je me demande comment elle va. Cela doit être dur pour elle d’être seule en ce moment, elle doit être très mal.
Mes enfants aussi sont angoissés et tristes, ils réclament leur mère toute la journée et moi je n’ai aucune réponse à leur apporter.
J’ai demandé au médecin du camp mais il me renvoie vers les policiers qui eux-mêmes me renvoient vers le médecin. C’est sans fin. Je ne sais pas ce que je peux faire. C’est ma femme, je dois la retrouver !
On est des êtres humains, je ne comprends pas pourquoi on me laisse dans le flou comme ça !"