Le 14 mars marque la première année de la mort de Marielle et, à ce jour, on ignore qui était son meurtrier et ses commanditaires. Mônica dos Santos, élue députée à l’assemblée de Rio par le PSOL, concède un entretien à Mediapart et elle parle de son élection et revient sur l’assassinat de Marielle.
Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
J’ai 48 ans et je suis née à Rio de Janeiro, à la colline du Borel (un des plus anciens bidonvilles de Rio). C’est là que, à l’âge de 18 ans, je me suis engagée dans la défense des droits de l’homme comme militante. À la fin des années 80 ma « favela » (bidonville) a été détruite, de nombreuses personnes ont perdu leur maison à la suite des inondations. Il y avait de nombreux sans-abris. J’ai été très émue et mobilisée par le sentiment de solidarité, j’ai senti le besoin de les aider. Depuis lors, je participe à l’articulation des mouvements sociaux en faveur de la « favela », des femmes, de l’économie solidaire et de la communication populaire. J’ai participé aussi au mouvement de la radio communautaire, j’étais un agent de la communauté et j’ai travaillé sur l’urbanisation des favelas. J’ai été la fondatrice du Réseau d’Institutions du Borel et du groupe Arteiras. J’étais chercheuse au Laboratoire Territorial de Manguinhos et consultante pour l’organisation non gouvernementale Asplande dans le projet de Femmes en Réseaux. Ce sont mes relations avec l’Institut brésilien d’analyse sociale et économique - Ibase, qui m’ont conduit à continuer mes études et j’ai réussi à conclure ma formation dans l’enseignement supérieur en sciences sociales. J’ai commencé à étudier à l’Université d’État de Rio de Janeiro en 2008, après 20 ans d’activités dans le mouvement social.
Comme toute femme noire, je devais d’abord penser à la survie, ma vie était très dure, pour être ce que je suis et ce que je faisais, j’ai travaillé comme femme de ménage, cuisinière et assistante des services généraux. Ensuite, j’ai compris que je voulais étudier, et j’ai étudié pour comprendre un peu plus la société, pour comprendre le monde et agir en conséquence.
Le 14 mars marque la première année de la mort de Marielle et, à ce jour, on ignore qui était son meurtrier et ses commanditaires. Comment avez-vous connu Marielle Franco et quand êtes-vous allé travailler à la chambre des conseillers municipaux de Rio ?
Marielle était une puissance ! J’ai rencontré Marielle alors qu’elle travaillait encore à la Commission des droits de l’homme de l’Assemblée législative de l’État de Rio. J’y ai participé en tant que membre du mouvement des bidonvilles et Marielle a été notre lien et soutien le plus important pour lutter contre les violations des droits de l’homme dans les « favelas ». Avec le début des unités de la police pacificatrice (UPP) et l’arrivée d’une unité à Borel, les relations se sont rapprochées. À Borel, nous avons organisé un réseau d’institutions pour dialoguer avec le pouvoir public et avec la police. Marielle, alors a intégré la Commission des droits de l’homme qui à l’époque a été très importante. Lorsque Marielle a annoncé sa candidature au conseil municipal de Rio, j’ai collaboré à la campagne. Je ne participais pas directement à la campagne électorale, mais j’ai emporté du matériel du propagande sur la colline du Borel et aussi dans des autres espaces à la Tijuca.
Pour moi ce fut une énorme surprise d’être invitée à travailler avec elle à la suite de son élection victorieuse. Chaque jour, j’étais à ses côtés, organisant son agenda, suivant la dynamique de son quotidien en tant que conseillère, travaillant avec l’équipe chargée de donner suite aux demandes émanant des favelas, j’ai collaboré pendant son mandat à l’insertion du débat sur l’économie solidaire. Marielle était toujours à l’écoute, très ouverte aux revendications des organisations, elle s’est engagée à fond dans la défense de leurs droits. (...)
Nous espérons que le crime sera élucidé. Comprendre et connaître les engrenages, les responsables et les auteurs du crime est essentiel. Il est important de savoir qui se cache derrière cette exécution, de cette mort brutale d’une femme engagée, d’une personnalité publique, élue au suffrage populaire, dans l’exercice de son mandat, dans l’une des villes les plus importantes du pays. La mort de Marielle est une véritable attaque contre la démocratie du Brésil. L’élucidation de ce crime est ce que nous attendons d’une démocratie qui garantit le plein exercice de la citoyenneté.(...)
Il ne fait aucun doute que beaucoup de personnes se sont tournées vers la politique institutionnelle, ont collaboré à la campagne et ont voulu participer à ce moment unique. Si d’un côté nous avons vu un crime barbare, l’interruption d’une pensée, le silence d’une voix, nous avons vu de l’autre un mouvement d’occupation de l’espace institutionnel, traditionnellement hostile aux femmes et jamais pensé ni imaginé pour les femmes noires.
(...)
Les gens ont été amenés à croire que Bolsonaro aurait la solution immédiate pour des problèmes quotidiens du Brésil, en particulier de la violence. De plus, le fondamentalisme religieux - et pas seulement le fondamentalisme évangélique - a transformé les questions morales en directives politiques. Ceci explique, en partie, le vote pour l’actuel président. Les Brésiliens, même les pauvres, sont pour la plupart conservateurs et attachés à des problèmes moraux et religieux. Bolsonaro a parlé de Dieu dans le contrôle de la nation, qu’il allait restaurer l’autorité dans un pays dont l’autorité avait été détruite. Parallèlement à cela, le thème de la sécurité publique, de la mort pour les méchants, de la répression accrue. La forme de lutte contre la violence, qu’il a défendue, a trouvé un écho chez les personnes victimes de violence, en particulier les pauvres et les noirs. Bien entendu, il faut analyser d’autres facteurs, tels que la manière dont la campagne présidentielle a été organisée, l’utilisation massive des médias numériques, la propagation de fausses informations, la construction du coup d’État subie par la présidente Dilma et la participation de médias brésilienne. Existent de nombreux éléments, de nombreuses variantes qui menacent notre démocratie, nous sommes face à un gouvernement très militarisé, intolérant et en recul important en termes des droits sociaux.
Les deux mois que nous venons de vivre avec ce gouvernement fédéral matérialisent le discours de haine, un discours dangereux, qui mélange tous ces éléments et variantes. Ce discours accroît la violence plutôt que de la diminuer. Le discours de haine acheté comme solution lors de l’élection présidentielle est un blanc seing pour la violence. C’est ce que les gens ont compris. (...)
Nous reconnaissons que Lula est un prisonnier politique. Nous sommes toujours là pour soutenir la libération de Lula, il n’a pas quitté l’agenda politique, nous restons attachés à la dénonciation du système judiciaire et à l’arbitraire que ce système produit, à la fois avec Lula et avec la pénalisation des classes pauvres, des jeunes pauvres et des jeunes.