Au moment de l’invasion russe en Ukraine, nombre d’étudiants étrangers, et notamment africains, se sont rabattus sur la France pour poursuivre leurs études dans un contexte sûr. Mais un an plus tard, certains sont partis, découragés par les difficultés administratives pour obtenir un titre de séjour étudiant et l’impossibilité de s’inscrire dans des universités. Une sentiment de désillusion partagé par ceux qui ont pu mettre leur statut en règle.
Dès le mois de mars 2022, une protection temporaire inédite a été accordée en France (comme partout en Europe) aux Ukrainiens fuyant leur pays. Elle offre des aides au logement, des allocations mensuelles, un accès immédiat au marché du travail, aux services de santé, et à la scolarisation pour les déplacés ukrainiens (considérés comme "réfugiés"). La directive du 4 mars 2022, qui établit cette mesure, comprenait également un volet sur "les ressortissants de pays tiers autres que l’Ukraine", stipulant leur prise en charge s’ils pouvaient prouver "qu’ils résidaient légalement en Ukraine avant le 24 février 2022, sur la base d’un permis de séjour permanent en cours de validité délivré conformément au droit ukrainien". Une manière de prendre en compte, entre autres, les quelque 70 000 étudiants étrangers, et notamment africains, présents en Ukraine lors de l’éclatement du conflit. Avant la guerre, le pays était prisé pour ses coûts universitaires attractifs et sa souplesse en termes d’octroi de visas.
Dédale administratif
Mais, dans les faits, la distinction entre ces deux catégories de personnes a eu pour conséquence une différence de traitements qui n’a échappé à personne. "On a déroulé le tapis rouge aux Ukrainiens, mais pas aux étudiants étrangers", observe Abdelaziz Mounde, président de la Maison des Camerounais de France, association d’aide et de solidarité pour cette communauté africaine. Comme Firuzeh, des centaines d’étudiants arrivés en France ont été mis à l’écart du système de protection et ont dû entamer des démarches en préfecture pour régulariser leur situation par eux-mêmes et obtenir une Autorisation provisoire de séjour (APS) d’une durée d’un ou plusieurs mois. (...)
En parallèle de l’obtention de l’APS, ces étudiants devaient justifier d’une inscription dans un établissement d’enseignement supérieur ukrainien à présenter à l’établissement français dans lequel ils souhaitaient poursuivre leurs études. Une fois inscrit dans un cursus, ils devaient faire des démarches auprès des autorités dans le but d’obtenir un titre de séjour étudiant (...)
Outre l’APS et l’inscription en fac ou autre école, un étudiant devait également justifier de ressources d’au moins 615 euros par mois, via notamment le recours à un garant, et d’un hébergement.
Un dédale administratif parfois difficile à comprendre pour des personnes perdues, qui viennent de fuir une zone de guerre. (...)
De ces démarches tortueuses, Brucie tire une conclusion : elle n’est pas la bienvenue en France. Quelques mois après le début du conflit, les Obligations de quitter le territoire français (OQTF), première notification avant expulsion, tombent sur certains étudiants étrangers ne s’étant pas mis en règle. La jeune femme s’isole et devient méfiante. "Je restais à la maison. Je sortais uniquement pour aller faire le marché qui est tout proche. J’avais peur qu’on m’arrête."
"Lueurs d’espoir"
C’est Abdelaziz Mounde qui est venu en aide à Brucie, comme à quelque 480 autres personnes via la Maison des Camerounais (qui, outre les ressortissants du Cameroun, accompagne Ivoiriens, Congolais, Sénégalais, Guinéens, Algériens, Marocains...). Il monte au créneau pour réclamer des autorités une meilleure prise en compte de ces cas particuliers.
Le 4 juillet, un moratoire sur les OQTF visant ces étudiants est adopté, jusqu’à la rentrée scolaire de 2022. L’État promet de ne pas en délivrer pendant cette période (...)
Sur les 480 personnes passées ces 12 derniers mois par la Maison des Camerounais, 225 ont jeté l’éponge et quitté la France. Elles sont allées au Portugal, en Espagne ou encore en Allemagne, pays qui ont fait le choix - dans un premier temps, du moins - d’accueillir toutes les personnes fuyant l’Ukraine, sans distinctions. Sur les 255 personnes restées en France, 102 seulement ont été régularisées, affirme Abdelaziz Mounde. Pour beaucoup à la fin de l’année 2022 ou début 2023, après des mois d’inquiétudes. Interrogé par InfoMigrants sur le nombre de titres de séjour donnés aux étudiants étrangers déplacés d’Ukraine, le ministère de l’Intérieur a déclaré qu’aucune donnée ne serait rendue public à ce sujet. (...)
Pour Pierre Henry, président de France Fraternités, association financée par l’État dans certaines régions pour l’accueil des réfugiés, il y a eu, en tout et pour tout, 200 titres de séjour étudiants délivrés. " (...)