En 1986, Amnesty se penche sur la situation de personnes refoulées à la frontière britannique, qui retrouvent bloquées à Calais, et dont certaines par leur pays d’origine sont potentiellement des réfugié-e-s, alors que le Royaume-Uni est un État signataire de la convention de Genêve. Des habitant-e-s de Calais s’émeuvent de les voir ainsi errer dans le dénuement et décident de leur venir en aide. La situation, qui était sans doute plus ancienne, est alors considérée comme un problème et suscite l’engagement. C’est ainsi que naît La Belle Étoile.
Trente ans plus tard, ces deux dimensions sont toujours présentes, celle du dénuement matériel, qui appelle à une action humanitaire, celle du respect et de l’accès aux droits, qui appelle à un soutien juridique, dans une situation qui est créée par les politiques migratoires.
L’établissement de cette chronologie doit beaucoup aux travaux d’Olivier Clochard et de la Coordination Nationale pour le Droit d’Asile, pour la période respectivement jusqu’en 2005 et jusqu’en 2008, mais aussi pour l’approche conceptuelle. Ces travaux, ainsi que d’autres, peuvent être téléchargés à partir de la page "documents" du blog Passeurs d’hospitalités.(...)
1986 – 1997 : l’indifférence
Pendant des années, les pouvoirs publics français sont indifférents à la situation, qu’ils considèrent comme n’étant pas de leur ressort.
(...)
1997 – 1999 : les hésitations d’une prise en compte forcée
La situation singulière de familles demandeuses d’asile refoulées à la frontière, l’augmentation du nombre d’exilé-e-s bloqué-e-s à Calais, la pression des associations amènent les autorités françaises et britanniques à réagir, toujours au cas par cas. Héberger, mais provisoirement, tout en éloignant les exilé-e-s du port et en intimidant exilé-e-s et bénévoles associatif : les concessions faites accompagnent une politique qui vise à invisibiliser et à rendre le passage plus difficile.
(...)
1999 – 2002 : regrouper, mettre à l’écart, fermer la frontière – Sangatte
Avec le Centre de Sangatte, l’État met en place un hébergement durable es exilé-e-s, mais hors du droit commun de l’hébergement des personnes sans-abri, et dans des conditions précaires
(...)
2002 – 2014 : la politique du déguerpissement
La fermeture du Centre de Sangatte étant sensée avoir résolu le « problème » de la présence des exilé-e-s à Calais, la politique menée repose sur le déni de leur présence réelle et sur leur invisibilisation : refus de toute structure d’accueil, entraînant des conditions de vie indignes dans des squats et des campements insalubres ; harcèlement policier permanent ; destruction des lieux de vie provoquant une errance entre les interstices urbains ; enfermement et expulsion du territoire avec l’ouverture d’un centre de rétention ; dispersion dans des centres d’hébergement éloignés.
(...)
2014 – 2016 : regrouper, mettre à l’écart, fermer la frontière – le bidonville de Calais(...) Cette politique donnera naissance au plus grand bidonville de France, à l’organisation complexe, avec ses magasins, ses restaurants, ses mosquées, ses lieux créés à l’initiative d’acteurs associatifs, cuisines collectives, services sociaux, lieux culturels, juxtaposé à des services mis en place par l’État, plate-forme de services de jour, lieu d’hébergement de femmes et d’enfants existant transféré sur le site, puis camp de container comprenant 1500 places d’hébergement. Sa mise en place s’accompagnera de la destruction de l’ensemble des autres squats et campements du Calaisis, suivie par une pression policière croissante sur le bidonville qui subira quatre destructions partielles avant la destruction finale, tandis que ce mettra en place une politique de dispersion des exilé-e-s, par les rafles et les placements en rétention, et par la création dans toute la France de Centres d’Accueil et d’Orientation. La relation avec les associations oscillera entre cogestion et conflictualité. (...)
2016 - … : du déguerpissement à la terre brûlée
La politique qui fait suite à la destruction du bidonville renoue avec celle mise en place après la fermeture du Centre de Sangatte, à un niveau de violence plus important. Elle repose sur des contrôles au faciès, systématiques au début, dans la ville et dans les gares de Paris à Calais, sur la destruction systématique des tentes et abri et un harcèlement policier de jour comme de nuit, sur une entrave de l’accès aux réponses aux besoins fondamentaux mises en place par les associations, repas, douches. La même politique est menée à Grande-Synthe suite à l’incendie du camp de réfugié-e-s qui conduit à sa fermeture, et à Paris.
(...)