Je m’appelle Théobald. J’ai 25 ans, je suis né près de Bordeaux où je vivais en famille.
En 2022, un parti d’extrême droite, ennemi des étrangers, de l’Autre en général, a pris le pouvoir, d’abord à l’Elysée puis à l’Assemblée Nationale. Un général a été nommé Premier Ministre.
Tous les gens comme moi, engagés politiquement et essayant d’aider les étrangers à vivre en paix en France ont été systématiquement menacés verbalement.
J’ai fui la maison avant la première descente de police. J’ai filé à la gare. Pour aller où ? L’Espagne proche ? oui, mais trop proche. Donc le nord ou l’est. Direction Paris où je retrouve quelques copains qui eux préparent un départ vers les USA ou le Canada. Mais on doit passer des contrôles aux aéroports de Roissy ou Orly…
Je préfère le train vers l’Est. A la gare, je veux acheter un billet vers Moscou mais on m’indique que la traversée de la Biélorussie n’est pas autorisée actuellement aux européens suite au conflit avec la Russie. Seule solution Varsovie…puis on verra.
Paris, Francfort sur le Main, Berlin, Francfort sur Oder, Varsovie.
20 heures d’échanges avec des Allemands, des Polonais qui s’interrogent tous sur l’avenir de la France. A Varsovie plus de train pour Moscou. Seule solution, le stop. J’en parle à une polonaise montée dans le train à Poznan qui a un copain chauffeur livreur lequel va souvent à Moscou. Il pourra m’embarquer en me faisant passer les postes frontières dans un colis…
Nous arrivons à Moscou où je pense m’installer. Mais j’apprends à la radio que Poutine qui commence un nouveau Xème mandat est ravi du changement de gouvernement en France.
Je dois filer. Je fonce à la gare où je prends un billet de Transsibérien pour la Mongolie, pays indépendant et surement sympathique.
(...) Je me suis retrouvé au milieu d’1 million de personnes parlant une langue incompréhensible, à l’écriture illisible, avec une toute petite minorité de gens prononçant quelques mots d’anglais…Je sors de la gare, passe devant un temple dont j’apprendrai qu’il est bouddhiste, au milieu d’immeubles construits par les soviétiques. Et soudain, le logo Novotel sur un bâtiment…Je m’y engouffre, je vais y passer une nuit, mais pas plus, je n’en aurai pas les moyens…
Le type de la réception m’explique en anglais qu’il y a un poste de police en tournant sur la 3ème rue à gauche, puis la septième à droite, et en continuant 500 mètres, on y arrive…Vous vous débrouillerez… (...)
2 nuits dans la rue au marché Khan Zhan, il fait froid, j’ai pu changer un peu d’euros en tugriks. J’en ai 50000 dans la poche, de quoi survivre 3 jours. Il fait froid, je ne parle à personne, je pleure.
Jeudi. Je fonce à nouveau au commissariat. Apres 3 heures d’attente, je suis reçu par un type en uniforme dont je comprends un mot sur deux. Il finit lui, par comprendre en voyant mon passeport que je suis français. « Revenez la semaine prochaine, vous aurez un interprète en anglais » …
8 jours de galère, la peur des pickpockets, la peur de me faire voler le peu d’argent qui me reste, mon passeport. La semaine suivante, un interprète anglais va me recevoir et m’expliquer que pour rester ici, je vais devoir passer devant un juge à qui je devrai montrer ou plutôt démontrer que je suis en danger en France. « Ecrivez-nous votre histoire, en mongol, bien sûr… » « mais, qui va m’aider à traduire ? » « Débrouillez-vous, c’est vous qui êtes demandeur… » (...)