Députée La France insoumise (LFI) de Seine-Saint-Denis et codirectrice de publication de la revue « Regards », Clémentine Autain analyse les leçons de l’échec de la liste menée par Manon Aubry aux élections européennes du 26 mai. Elle remet en cause la stratégie choisie par Jean-Luc Mélenchon depuis la présidentielle : l’accent mis sur le clivage peuple-élite, le « registre du ressentiment et du clash »… Elle appelle aussi à « briser les murs montés depuis deux ans » pour parler à la gauche et à la société. Entretien exclusif.
C’est en effet une défaite cinglante. Jean-Luc Mélenchon ne retrouve que 36 % de ses électeurs de 2017, contre 54 % pour Macron et 80 % pour le RN. Nos électeurs n’ont pas disparu dans la nature, mais ils ont été désarçonnés ou mécontents de la proposition politique qu’on leur a faite depuis la présidentielle. A mon sens, il faut tout autant comprendre ce qui a permis le succès à la présidentielle que ce qui a conduit à l’échec aux européennes. En 2017, Jean-Luc Mélenchon avait réussi à remplir le mot gauche, à lui donner des couleurs, une modernité (...)
Lire aussi : Européennes. "Ce qui est en cause, c’est la ligne politique de LFI" estime Clémentine Autain
« L’état d’esprit polémique et clivant a sans doute pris le dessus sur la mise en avant de notre vision du monde et de nos propositions. Or notre famille politique prospère quand elle s’appuie sur le ressort de l’espérance et non sur celui de la haine », a affirmé l’élue insoumise de Seine-Saint-Denis dans un entretien publié sur le site internet de l’Obs.
Si LFI a récolté 6,31% des voix dimanche, loin des 19,58% obtenus par Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle, c’est parce que ses électeurs « ont été désarçonnés ou mécontents de la proposition politique qu’on leur a faite », a-t-elle souligné. En 2017, « on avait eu un Mélenchon rassembleur » qui « avait réussi à faire le plein au sein de la gauche radicale et à capter un électorat déçu du PS » mais « ce capital politique s’est érodé », a expliqué Mme Autain.
« La démarche doit être collective »
Pour la parlementaire, « la séquence des perquisitions », menées en octobre au siège de LFI et au domicile de Jean-Luc Mélenchon « a évidemment pesé mais ce n’est pas le seul paramètre ». La co-directrice de publication de la revue « Regards » déplore « la récurrence de formulations » visant à « cliver » ainsi que « des murs » dressés « là où il aurait davantage fallu chercher à construire des passerelles ».
Elle cite pour exemple le « Manifeste pour l’accueil des migrants », publié en septembre par l’hebdomadaire Politis, la revue Regards et Médiapart. Jean-Luc Mélenchon a fait le choix « d’entrer en opposition frontale avec les signataires » de ce texte, souligne-t-elle.
Le député des Bouches-du-Rhône est-il encore le candidat naturel de LFI pour la présidentielle de 2022 ? « Ce n’est pas le sujet. La discussion que nous devons avoir, c’est quelle stratégie et comment on se met en mouvement pour reconstruire une perspective de transformation sociale et écologiste », répond Mme Autain.
Mais dans un « travail de refondation » de LFI, « la démarche doit être collective », considère-t-elle. « J’ai posé la question du pluralisme et de la démocratie interne il y a plus d’un an. Cela avait été très fraîchement accueilli à l’époque. On nous avait promis des changements à l’été, un meilleur fonctionnement de l’espace politique... Mais rien n’a été fait en ce sens », a-t-elle regretté. (...)