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le JDD
Christiane Taubira sur le racisme dans la police : "Chaque dérapage individuel tache l’institution entière"
Article mis en ligne le 8 juin 2020

"Il y a des policiers racistes" en France, affirme-t-elle, mais, à la différence des Etats-Unis, elle estime que "chez nous, des personnes meurent d’avoir rencontré des policiers, pas d’avoir rencontré la police". Selon elle, il y a eu sous ce quinquennat "plus de violences" de la part des forces de l’ordre, ce qu’elle explique par la "politique anti-sociale" que mènerait le gouvernement.(...)

En tant qu’ancienne garde des Sceaux, comment jugez-vous la façon dont la justice française traite ces affaires ?

Nous devons hélas reconnaître que ce sont systématiquement des procédures qui durent des années et qui aboutissent très souvent à des non-lieux. Or chaque dérapage individuel tache l’institution toute entière. On ne peut permettre que les forces de l’ordre soient décrédibilisées à cause d’un postulat considérant qu’il n’y a pas de faute possible, pas d’acte raciste possible, pas de bavure possible. On peut tacher l’institution tout entière en l’obligeant à couvrir des actes racistes commis de façon délibérée.(...)

Certains affirment, notamment chez les protestataires de mardi, qu’en France existerait un racisme d’Etat. Le pensez-vous ? (...)

Je dis qu’il y a des policiers racistes, et que dans la police, comme dans d’autres institutions, il y a de la diversité, mais il y a aussi des mécanismes qui compliquent l’accès des jeunes des banlieues aux responsabilités, aux postes et aux institutions.
Je veux qu’on en sorte. Sinon, je considérerai que, moi aussi, je participe à la pression du genou sur la nuque du prochain qui va en mourir.

Je veux que cette jeunesse entende que, même lorsqu’on l’exclut, elle a des droits, elle peut se battre. La France n’est ni parfaite, ni abominable, ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est comment le jeune qui se sent en danger à cause de sa couleur de peau peut rentrer chez lui tranquillement. Et c’est urgent.Il y a des policiers violents, racistes, antisémites, xénophobes. Personne ne peut affirmer le contraire. Il faut qu’on l’entende. Il peut aussi y avoir des politiques d’intervention policières violentes. La police française a parfois eu de grands directeurs, des chefs qui n’ont pas toujours fait le choix de la brutalité. C’est pourquoi le ministre de l’Intérieur doit dire aux policiers : "Vous êtes armés, mais vous vous retrouvez face à des citoyens qui sont vos égaux. Vous n’êtes pas des shérifs, vous n’êtes pas des justiciers, vous n’êtes pas des John Wayne…"(...)

il faut arrêter les placages ventraux et mettre en place les récépissés. Pour un jeune afro-descendant ou un jeune maghrébin, qui a vingt fois plus de risque que les autres d’être contrôlé, le récépissé a une force symbolique. Par ce moyen, l’Etat dit au citoyen : "Je veux vous protéger, y compris contre la force que je mobilise moi-même".(...)

Il y a eu incontestablement des violences contre les gilets jaunes. Et plus de violences sur ce demi-quinquennat que sur d’autres quinquennats. C’est un fait. La question, c’est de savoir pourquoi. (...)

Je crois qu’il y a entre ce gouvernement et la société une inintelligibilité phénoménale. Un mur d’incompréhension. Une incapacité à accéder à ce qui fait la vie des gens. Le gouvernement mène une politique anti-sociale mais ce n’est même pas par cynisme : c’est la violence de ceux qui ont la certitude d’avoir raison. Une violence tranquille, une violence hautaine. C’est : "Nous on a compris, on va vous expliquer que vous pouvez vivre avec 5 euros de moins sur vos AP". (...)

La société ne comprend pas la logique de ces gens-là. Leurs schémas sont trop distendus, trop lointains.(...)

ce qui change, c’est la mobilisation des villes, le volume. Pour Rodney King, en 1992, les protestations étaient principalement localisées à Los Angeles. Là, c’est massif, général, international. C’est ça, le changement d’échelle : on est passé à autre chose, une conscience humaine et planétaire de la barbarie de ce racisme-là(...)

Monsieur Trump est un cauchemar planétaire. Je le dis depuis la nuit de son élection. C’est un danger international, avec son sillage d’inquiétudes et d’angoisses. Pas seulement une mauvaise plaisanterie que les Américains se sont faite à eux-mêmes. Cet homme a un problème d’équipement intellectuel. Il n’est pas capable de comprendre les choses et de les rattacher à l’Histoire. (...)

C’est quelqu’un de vulgaire, qui se vautre dans la grossièreté. Le problème, c’est que c’est un idiot qui a le bouton nucléaire.(..)

Ce qu’il faut, c’est inventer. Inventer une économie qui ne soit pas de brutalité, ni contre les gens ni contre la nature. (...)