En janvier 2009, le LKP, collectif contre la « profitation », déclenchait la plus longue grève générale de l’histoire guadeloupéenne : 44 jours pour exiger la fin de l’héritage colonial, responsable de la vie chère. Sous la pression populaire, l’État et les collectivités signaient, le 26 février 2009, un accord instaurant une hausse de 200 euros des bas salaires. Un protocole comportant 165 points d’accord était paraphé par le préfet et les élus locaux. Accès à l’emploi, lutte contre la vie chère, création d’un prix unique de l’eau, indemnisation des victimes de pesticides… Dix ans plus tard, la plupart de ces engagements n’ont pas été respectés. Retour sur une lutte, et sur ses promesses trahies.
Il n’y a pas foule ce matin devant le palais de la mutualité, à Pointe-à-Pitre. L’appel à « reprendre le chemin de la lutte » lancé par une trentaine de syndicats et d’associations ce samedi 2 février 2019 n’a pas convaincu les Guadeloupéens. C’est donc un cortège modeste qui met le cap sur le centre commercial Carrefour Milénis. Depuis plus de deux mois, l’hypermarché est en proie à un conflit social tendu. Sur les visages des manifestants, beaucoup de colère, de la rage aussi. « Despointes, voleur, Despointes, esclavagiste ! » Jean Huygues-Despointes, propriétaire de cet hypermarché Carrefour, est dans le collimateur de la CGTG et de l’UGTG, les deux principales organisations syndicales de Guadeloupe. Elles exigent notamment que tous les salariés gagnant moins de 1,4 Smic bénéficient de la hausse de salaire de 200 euros prévue dans l’accord interprofessionnel sur les rémunérations, signé il y a dix ans, le 26 février 2009. Il y a là, effectivement, de quoi s’impatienter.
L’accord « Jacques Bino » – du nom du syndicaliste de la CGTG tué par balles le 17 février 2009 dans des circonstances toujours pas élucidées – symbolisait à lui seul la victoire du LKP, le « collectif contre l’exploitation outrancière », qui a conduit la plus longue grève générale de l’histoire de l’archipel au nom de la lutte contre la vie chère (...)
Pourtant, comme le montre le conflit à Carrefour Milénis, l’application de cet accord reste un combat de tous les jours. La hausse de 200 euros des bas salaires devait être financée pendant les trois premières années par l’État, les collectivités et les entreprises. Puis par les entreprises seules, en vertu d’une clause de convertibilité. Or, dès le 10 avril 2009, cette clause a été retirée de l’arrêté ministériel censé entériner l’accord. Résultat : certaines entreprises versent 200 euros, d’autres rien du tout. D’autres encore, ont signé leur propre accord. « l’État a institué une discrimination entre les salariés et une distorsion de concurrence entre les employeurs », déplore Élie Domota.