À quoi reconnaît-on une société sidérée ? La question est revenue, lancinante, au lendemain du 13 novembre 2015. La France venait d’entrer dans l’état d’urgence. Dans L’Etat d’urgence (permanent) (éditions Melting Book), Hassina Mechaï et Sihem Zine proposent des analyses de juristes de cet état dérogatoire et de son application. Et pour la première fois, elles ont recueilli et compilé 25 témoignages bruts de personnes touchées directement par une mesure de l’état d’urgence, perquisition et/ou assignation à résidence. Ehko reproduit et publie aujourd’hui l’un d’eux.
(...) Jazia – son prénom a été changé et son nom ne sera pas publié – est une jeune femme qui figurerait presque la réussite républicaine telle qu’elle est vantée : études brillantes, doctorat, enseignante, une « intégration » éclatante. « Un château de cartes », dit-elle désormais, après avoir vu ce qui était arrivé à son frère. Jazia a été touchée d’abord, comme tous les Français, par le choc des attentats. Puis, après l’instauration de l’état d’urgence, son frère a été visé par une perquisition et une assignation à résidence. Après une longue bataille juridique, le bon droit de cet homme a été reconnu. Jazia raconte sobrement « l’absurdistan » dans lequel son frère et sa famille ont été plongés. De quoi douter de tout et de soi.