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Brésil : vague d’agressions homophobes et contre les électeurs de gauche
24 octobre
Article mis en ligne le 26 octobre 2018

Tué de douze coups de couteau dans un café pour avoir déclaré qu’il avait voté pour le candidat de gauche. C’est le soir du premier tour de l’élection présidentielle brésilienne, le 7 octobre, que Romoaldo Rosário da Costa [1], 63 ans, activiste culturel de Salvador, dans le nord-est du pays, a perdu la vie. L’auteur du crime, de 36 ans, confesse à la police avoir une motivation politique : il est partisan du candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro. Après que le sexagénaire ait déclaré avoir voté pour le candidat du parti des travailleurs (PT), Fernando Haddad, le meurtrier est rentré chez lui chercher un couteau avant de revenir dans le bar pour assassiner l’électeur du PT [2].

« Si Bolsonaro gagne, on va pouvoir tuer plus de singes »

C’est l’une de la cinquantaine d’agressions violentes perpétrées par des partisans de Bolsonaro dans le pays depuis quinze jours, selon un travail de recensement et d’enquête du site d’informations brésilien Agência Pública [3] À Curitiba, le 7 octobre, une voiture fonce sur le groupe où se trouve un journaliste de télévision de 26 ans, devant un bar. L’homme attaqué portait un t-shirt rouge avec effigie de l’ex-président Lula. Quand il tente de porter plainte, il aperçoit des autocollants avec le visage de Bolsonaro sur l’ordinateur du policier, et se rend alors à un autre commissariat. Dans la même ville, le 9 octobre, un étudiant portant une casquette du MST, le Mouvement des paysans sans terre, et un t-shirt rouge, est agressé par six hommes devant un bâtiment de l’université. Ceux-ci crient « ici c’est Bolsonaro », relate l’Agência Pública. À São Paulo, dans un café, un homme a lancé à une famille noire, le 7 octobre : « Bolsonaro va en finir avec vous tous, on va pouvoir vous mettre des balles. »

De nombreuses attaques homophobes et transphobes accompagnées de propos pro-Bolsonaro ont aussi été signalées. (...)

« Quand le commandant gagnera l’élection, la presse mourra »

Les journalistes sont également des cibles des partisans de Bolsonaro. Dans le Pernambuco, le 7 octobre, une journaliste est menacée de viol et de mort par des hommes, l’un vêtu d’un t-shirt à l’effigie du candidat. « Quand le commandant [c’est-à-dire Bolsonaro, qui est un ancien militaire] gagnera l’élection, la presse mourra », lui lancent les hommes. Au moins 16 journalistes ont été agressés dans le Nord-est par des partisans de Bolsonaro, selon l’Agência Pública. Il y a aussi ce cas, d’une violence plus sourde : un médecin de l’État de Rio Grande do Norte, déchire l’ordonnance d’un patient dans un hôpital public après lui avoir demandé pour qui il avait voté. Le vieil homme avait voté à gauche.(...)

Des mouvements sociaux tels le Mouvement des sans terre (MST) et le Mouvement des travailleurs sans toit [4] sont dans le collimateur.

Parmi les nouveau députés, « des personnes qui défendent une “sécurité judiciaire” pour que les policiers tuent sans être punis, la castration des violeurs, la classification des mouvement sociaux comme terroristes, la réduction de la majorité pénale (en certains cas à 14 ans), l’adoption de la prison à perpétuité, l’interdiction des partis de gauche », souligne le site d’informations The Intercept Brasil. Le journal rappelle aussi que sur les 52 députés du PSL, vingt sont policiers ou militaires.

Le policier Daniel Silveira, élu à Rio de Janeiro, s’était fait filmer pendant la campagne en train de détruire la plaque commémorative installée par la ville en mémoire de Marielle Franco, conseillère municipale, femme, lesbienne, noire, assassinée par balles le 14 mars 2018 dans le centre de Rio (sept mois plus tard, ses meurtriers courent toujours). Pour le moment, au second tour, Jair Bolsonaro est donné vainqueur, avec environ 45 % d’intentions de vote, contre 40 % pour Fernando Haddad et 15 % d’indécis et d’abstentionnistes.