Le gouvernement autrichien est accusé d’instrumentaliser le meurtre d’une jeune fille de 13 ans alors que les principaux suspects sont tous originaires d’Afghanistan.
Le sujet ne manque pourtant pas de diviser la coalition gouvernementale composée des conservateurs du chancelier Sebastian Kurz et du parti des Verts.
Peu avant le drame, ces derniers avaient une nouvelle fois vivement critiqué ces expulsions, au vu de la dégradation de la situation sécuritaire en Afghanistan.
La ministre autrichienne de la Justice, Alma Zadic, s’était ainsi prononcée en faveur d’une éventuelle suspension des renvois. Cet appel risque désormais de ne plus être entendu (...)
Des conséquences désastreuses pour les demandeurs d’asile
Sebastian Kurz a promis de tout faire pour que les auteurs de ce crime soient sévèrement punis. "Je pense qu’il est intolérable que des gens viennent chez nous, demandent une protection et commettent des crimes aussi cruels et barbares", a-t-il déclaré.
Si les Verts se sont dits choqués par ce "meurtre horrible", Meri Disoski, porte-parole du parti, estime qu’il s’agit un cas de "violence masculine" et que l’origine des suspects n’a pas sa place dans le débat. (...)
De son côté, le parti d’opposition d’extrême-droite FPÖ appelle à une intensification des expulsions vers l’Afghanistan et vers la Syrie.
Le nouveau président du parti et ancien ministre de l’Intérieur, Herbert Kickl, exige que les demandes d’asile ne soient plus traitées sur le sol autrichien. (...)
Pour les groupes de défense des droits de l’Homme, ces déclarations ne font qu’attiser les préjugés racistes à l’encontre des plus de 40 000 personnes d’origine afghane vivant en Autriche.
Ils rappellent que les personnes expulsées vers l’Afghanistan se retrouvent souvent confrontées à l’insécurité, au chômage et à la stigmatisation. Beaucoup ne pourront plus retourner dans leur province d’origine, alors que l’influence des Taliban ne cesse de grandir partout dans le pays, menaçant de faire tomber le pouvoir à Kaboul. (...)
Selon Reza Baher, porte-parole adjoint du ministère afghan des Réfugiés et des Rapatriements, il existe certes des programmes d’aide pour ceux qui reviennent volontairement d’Europe, mais la situation est bien plus difficile pour ceux qui ont été expulsés. (...)
Trois groupes - l’Asylkoordination Österreich, l’association de défense des droits des femmes AÖF, ainsi que l’ONG de lutte contre le racisme ZARA - ont publié une déclaration commune dans laquelle ils accusent le pouvoir de faire diversion pour éviter d’aborder le réel problème, à savoir les féminicides. Selon ces groupes, il s’agirait déjà du 15e féminicide cette année en Autriche.
Dans leur lettre, ils estiment que "le meurtre d’une personne - ici d’une femme - n’est pas une question d’origine, de religion ou de droit de séjour, mais plutôt une question de parcours individuel et de responsabilité personnelle de l’auteur. Cette fois, le meurtre d’une jeune femme est politiquement instrumentalisé en lançant une attaque profondément raciste contre une partie de la population qui ne peut pas se défendre. C’est irrespectueux et répréhensible." (...)
Les trois groupes appellent à un procès équitable pour les auteurs de ces crimes et à ce que les condamnés purgent leur peine en Autriche.