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Aboubacar, parti à 7 ans de Guinée : "Tu m’as aidé, ou tu m’as kidnappé ?"
Article mis en ligne le 13 août 2021
dernière modification le 12 août 2021

Aboubacar Condé a quitté son pays, la Guinée-Conakry, à l’âge de 7 ans. Sans domicile fixe, vivant dans la rue avec sa mère, le garçonnet a pris, un jour, la route du Mali, puis du Niger, dans l’espoir de trouver une vie meilleure. Encore enfant, incapable de faire preuve de discernement à un si jeune âge, Aboubacar connaîtra une jeunesse de souffrance et de désillusions. L’adolescent, aujourd’hui âgé de 16 ans, vit en Tunisie. Il cherche à être rapatrié en Guinée pour retrouver sa mère.

(...) "C’est pour ma maman que je suis parti. Mon père est mort en 2010, ma mère, elle, a un cancer du poumon. Je suis né en 2005, et personne ne pouvait m’aider à aller à l’école. On s’est retrouvés dans la rue, ma mère et moi, sans les moyens de payer un logement. Il fallait que je parte, pour aider ma maman à sortir de cette galère. Un jour, en 2012, je ramassais du plastique dans la rue, quand j’ai croisé un homme conduisant un camion vers le Mali. Je n’avais rien prévu. Il m’a promis une vie meilleure. Je n’avais pas de téléphone, pas d’argent... Je l’ai suivi. Il m’a emmené à la gare de Bamako, puis nous avons rejoint le nord du Niger.

Sur la route, des terroristes nous ont attrapés. Ils nous ont tout pris, nous forçaient à prier et nous frappaient. Ils me disaient de me laisser pousser la barbe ; mais je ne savais pas comment faire, j’étais trop petit... Un jour, alors que je devais garder leurs moutons et leurs chèvres dans le désert, j’ai vu un camion qui faisait route vers la Libye. En échange d’une chèvre, le conducteur m’a proposé de m’amener là-bas. Je lui ai dit : ’Mais ces gens vont te tuer’, il m’a répondu : ’Ne t’inquiète pas, ils ne nous verront pas, ni toi ni moi’.

Alors je l’ai suivi. (...)

Les deux hommes m’ont alors ordonné de ne plus sortir d’ici, et d’appeler ma famille pour payer 1 000 euros ma libération. J’ai demandé au conducteur : ’Attends, tu m’as aidé, ou tu m’as kidnappé ?’ Il m’a répondu : ’Ne discute pas, fais ce que je te dis’. Je n’avais personne à appeler en Guinée, je n’avais aucun numéro de téléphone pour joindre ma mère.

Dans la maison, il y avait beaucoup de gens comme moi, que des trafiquants étaient venus chercher en disant : ’On va t’aider’, sauf qu’ensuite ils demandent de l’argent à leurs familles... (...)

Je viens juste de trouver un nouveau travail dans la maçonnerie. C’est très dur, il fait très chaud. Mais peu importe, il faut se battre pour arriver à survivre. J’aimerais gagner quelque chose comme 300 euros pour retourner en Guinée. Pour le moment, ça se passe bien. Mon patron m’a même avancé de l’argent pour que je puisse vous appeler.

Je voulais vraiment le faire pour donner des nouvelles à ma maman, parce que je m’inquiète pour elle. Si quelqu’un de mon pays peut me reconnaître, il pourra lui expliquer. Je voudrais aussi dire aux jeunes comme moi qui étudient que l’avenir se trouve souvent à l’école. À ceux qui ont un métier, qu’il faut continuer de le faire. Et qu’il vaut mieux rester auprès de sa famille, même quand on a rien.