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libération
23 août 1996 : A 7h50 la porte cède. Le récit de l’assaut policier.
Par David DUFRESNE et Dominique SIMONNOT
Article mis en ligne le 23 août 2020

Une voiture dérape devant Saint-Bernard. Cri du conducteur : « Les
flics sont partout, à République, à Sébastopol ! Quatre-vingt camions au moins ! » Il est 7h10, les sympathisants des sans-papiers sursautent. Urgence, affolement. Ils sont deux cents « soutiens » à s’asseoir immédiatement sur la chaussée, bras dessus bras dessous, le regard effrayé. Là, en premier rempart, devant la porte latérale de l’église. Une voix : « Sonnez les cloches ! » Et les cloches sonnent. L’assaut est imminent. Dans l’église, les femmes réveillent les enfants. Les hommes plient les matelas. Une poignée de sympathisants s’agite devant des portes. Bancs, chaises, matelas, tout est bon pour bloquer les entrées. En toute hâte, on aligne des chaises dans la nef. Henri Coindé, curé de la paroisse, allume un micro. Il dira « une messe », comme promis. Annie Pourre (Droits devant !!) lance : « Les hommes au milieu des chaises. » C’est la technique du damier : un Noir, un Blanc, serrés les uns aux autres.
(...)

7h30. CRS et gardes mobiles ont bouclé le quartier. La Goutte-d’Or se fait souricière. Dehors, les coups de matraque pleuvent sur les « soutiens », certains sont écrasés à coups de rangers. Les forces de l’ordre ont déjà enjambé la grille. Un vacarme déchire la nef. A droite, à gauche, devant, derrière, les portes éclatent. Cinq, au total. A coups de bélier, de haches. Et à chaque porte fracassée, le père Coindé sursaute, bute sur les textes qu’il a préparés, se reprend. Sur un matelas, deux Africains s’échangent des papiers. Une femme ramasse une aventure de Babar. Au fond, les dix grévistes de la faim restent immobiles, les yeux vides. Eve, du Théâtre du Soleil, entonne un chant. Et les portes cèdent. Ariane Mnouchkine appelle au calme. Henri Coindé lit J’ai fait un rêve, de Martin Luther King. Les familles l’écoutent, silencieuses, impuissantes.

7h50, les CRS font irruption. Cavalcades et gaz lacrymogènes. La panique gagne l’église. (...)

Pierre Ottavi, directeur de le sécurité publique, assure qu’« il n’y aura pas de violence ». Que « nous ne nous attaquerons pas aux familles, ni aux grévistes ». Que « vous devez évacuer l’usine, heuh, l’église... ». Des enfants pleurent ; des parents aussi. Et il y a les grévistes de la faim. Au fond de l’église où, cinq minutes auparavant, tenait encore une cloison de fortune. On les transporte sur des civières. L’un d’eux, Hamady Camara, tombe et roule à terre. « Rattrape-le, lâche un uniforme. Il le fait exprès. » Au chevet des dix : Jack Ralite, Alain Krivine, Léon Schwartzenberg, Médecins du monde. Et les pompiers. Tout près, des bruits de bélier, encore. C’est la porte de la sacristie qu’on défonce. Pour rien. Dehors, quand les cars de police démarrent vers le centre de rétention de Vincennes, des manifestants scandent « Police partout, Justice nulle part ». Il est 9h30. Quelqu’un hurle « La honte ! La honte ! »

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Marche des Solidarités
@MSolidarites
Près de 20 collectifs de #sanspapiers ont manifesté à Paris et à Lille. On n’oublie pas, on pardonne pas ! Et pourtant qui parle aujourd’hui de notre lutte ? Nous étions 5000 à manifester le 30 mai, 50000 le 20 juin.