Depuis plusieurs jours, les Africains subsahariens en Libye se disent victimes d’une véritable "chasse aux migrants" dans le pays. Les exilés sont interpellés par la police dans leurs habitations, la rue ou sur leur lieu de travail, et violentés par des jeunes Libyens. Jeudi, une manifestation contre leur présence s’est déroulée devant les locaux du Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR). L’ONU dénonce la prolifération de fausses informations et les discours de haine sur les réseaux sociaux.
Depuis quelques jours, un climat de terreur s’est installé chez les exilés vivant en Libye. Des rafles sont organisées dans les quartiers qu’ils fréquentent à Tripoli, la capitale, mais aussi dans les autres villes de l’ouest, à Zouara, Sabratha ou encore Zaouïa. "Toutes les municipalités sont touchées, les petites comme les grandes", affirme à InfoMigrants une source humanitaire.
Les migrants sont interpellés dans la rue, sur leur lieu de travail et même dans les habitations, puis envoyés en prison. "Les policiers, lourdement armés, bouclent la zone avec leurs véhicules blindés. Ils défoncent les portes des maisons et arrêtent les Noirs. On ne peut pas s’échapper car lors de ces opérations, les agents de l’immigration quadrillent les environs", raconte Ibrahim. (...)
On peut se faire agresser dans la rue par des jeunes Libyens, kidnappés par des gangs, ou interpeller par la police de l’immigration qui rentre aussi dans nos maisons", explique cette mère d’un bébé de 10 mois. "J’ai peur, ne cesse-t-elle de répéter, on est en danger ici".
Des barrages ont été érigés autour des grands axes routiers de l’ouest libyen et les policiers fouillent les véhicules à la recherche de migrants. Les bailleurs n’ont plus le droit de louer d’appartements à des Subsahariens, et les employeurs ne peuvent plus faire travailler d’étrangers. Des exilés rapportent avoir été chassés de leur logement ces derniers jours.
À l’est de la Libye aussi - région contrôlée par le maréchal Khalifa Haftar -, les forces de sécurité usent des mêmes méthodes (...)
Campagne de désinformation sur les réseaux sociaux
Ces opérations d’interpellations font suite à une violente campagne de désinformation contre les migrants sur les réseaux sociaux en Libye. "On assiste à des discours de haine et des incitations à la violence. Ce n’est pas nouveau, mais cela s’est intensifié ces derniers jours. Le débat s’est enflammé", assure une source humanitaire.
Des publications appellent à "tuer" les Subsahariens présents dans le pays. "Chaque région doit tuer 1 000 Africains. À la fin du mois, le pays en sera débarrassé", peut-on lire dans un post Facebook.
"Ils accusent les migrants d’être source d’insécurité, comme en Tunisie", souffle Ibrahim, qui a fui en 2025 la Tunisie, alors que les violences envers les exilés sont montées d’un cran ces dernières années sous le régime du président Kaïs Saïed. "On ne comprend pas, les migrants sont victimes d’exactions en Libye, ils ne sont pas mêlés à des actes criminels", continue le jeune homme.
Le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) est aussi visé par cette campagne de désinformation. Jeudi 4 juin, des centaines de Libyens se sont donné rendez-vous devant le siège de l’agence onusienne à Tripoli pour protester contre la présence de migrants en situation irrégulière dans leurs quartiers. (...)
Dans un communiqué publié jeudi soir, la Mission d’appui de l’ONU en Libye (Manul) s’est dit "préoccupée par la diffusion de fausses informations et de discours de haine concernant le travail de l’ONU en Libye, qui ont contribué à exacerber les tensions et à inciter à la violence contre le personnel de l’ONU". L’institution a réaffirmé "qu’aucune de ses agences, y compris le HCR, ne met en œuvre de programme de réinstallation" dans le pays. "Les allégations contraires sont catégoriquement fausses". (...)