« Crimes de masse », « sadisme », « torture »... Entre 700 et 1 500 élèves scolarisés de 1950 à la fin des années 1990 ont potentiellement été victimes « de violences d’une exceptionnelle gravité » à Notre-Dame-De-Bétharram, près de Lourdes dans le sud-ouest de la France, et dans d’autres établissements de la congrégation religieuse, selon le rapport d’une ONG spécialisée dévoilé samedi 20 juin.
Cet « ordre de grandeur » – entre 700 et 1500 élèves potentiellement victimes – tiré de plusieurs projections statistiques « à interpréter avec une extrême prudence », témoigne de décennies de « violences systémiques » et « institutionnelles », et écarte la thèse d’une « addition d’actes individuels », estime l’Institut Louis Joinet (IFDJ), qui a enquêté plus d’un an à la demande de la congrégation mise en cause.
La piste d’une « prétendue tolérance de l’époque » à la violence, au sein de cet établissement privé, longtemps prisé dans le Sud-Ouest pour sa réputation autoritaire marquée par « la valorisation de la dureté », doit être également rejetée, affirment les auteurs, après avoir interrogé près de 140 anciens élèves et acteurs de la congrégation, qui gérait plusieurs écoles, collèges et lycées en France et en Afrique. Au cours des douze derniers mois, 48 victimes ont de nouveau été entendues dans le cadre de cette enquête. Une dizaine d’autres personnes ont également été auditionnées en Algérie, au Maroc et en Côte d’Ivoire.
Des alertes jugées « peu crédibles »
Ce « système institutionnel de violences [...] bien rôdé » a perduré durant « des décennies » via des « mécanismes de silenciation » des élèves, « fondés sur la peur, la honte et la domination » (...)
Pour les victimes, le rapport préconise « l’organisation d’un tribunal citoyen », alors que l’essentiel des abus dénoncés dans près de 250 plaintes sont prescrits, en raison de l’ancienneté des faits - seuls deux hommes, un laïc et un religieux, ont été mis en examen.
Importance des témoignages
L’IFJD, ONG spécialisée dans la justice transitionnelle en zone de conflit, soutient aussi la création « d’un mécanisme de réparation financière », en parallèle aux 1,4 million d’euros d’indemnisation versés par la congrégation à 48 victimes à ce jour. Mais l’affaire Bétharram, « rendue possible par une succession de renoncements, d’aveuglements, de silences et de défaillances », « n’est pas une anomalie », ajoutent les auteurs.
Face à cette « violence systémique », la commission réclame également une prise en charge plus exhaustive des victimes. (...)
Le rapport liste 25 préconisations au total. Un nombre jugé trop important par Alain Esquerre, le lanceur d’alerte de l’affaire Bétharram. « On a eu les 80 recommandations de la CIV, il en a eu les 55 sur la loi Bétharram. On a là de nouveau 25 autres préconisations, personne ne s’y retrouve », estime-t-il. Il regrette aussi un rapport « financé par les bourreaux », la commission ayant en effet été mandatée par la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram. L’Institut Louis Joinet assure être indépendant.
Dévoilée en 2023 par des témoignages d’anciens élèves publiés en cascade sur Facebook, elle « montre que la protection des enfants ne peut reposer sur le courage exceptionnel de quelques lanceurs d’alerte », conclut le rapport, qui implore la société d’« écouter » les enfants « lorsque leur parole trouble l’ordre établi ».
Selon la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année.