La rentrée 2026 marquera-t-elle le déclin des manuels scolaires ? Baisse des crédits de financement, mouvement de boycott de certaines maisons d’éditions, inadaptation des manuels aux réalités scolaires, dynamisme des réseaux pédagogiques : plusieurs indices laissent entrevoir la fin de cette spécificité bien française. Explications de Stéphane Germain.
Une double spécificité française
A la rentrée 2026, la révision de l’ensemble des programmes scolaires des cycles 1 et 4 sera effective. Cette refonte fait suite à celle des programmes des cycles 2 et 3, applicable à la rentrée 2025, à celle du programme d’enseignement scientifique de la classe de première, applicable à la rentrée 2023, de la classe de terminale, applicable à la rentrée 2024, à celle des programmes de langues vivantes, applicable à la rentrée 2025 pour les classes de seconde et à la rentrée 2026 pour les classes de première et de terminale.
Qui dit nouveaux programmes, dit nouveaux manuels scolaires. Les spécimens sont déjà arrivés dans les établissements scolaires. Les cartons, à peine déballés, trônent sur les tables en salles des professeurs. (...)
Chaque révision suppose de refaire les manuels scolaires, ceux habituellement utilisés par les élèves étant devenus obsolètes au regard des nouveaux programmes. Car, autre spécificité française, les supports de cours utilisés par les enseignants, qu’ils soient de format numérique ou papier, sont pour partie le fait d’éditeurs privés. En France, le secteur de l’édition scolaire est un marché très lucratif. (...)
Une partie du secteur est actuellement détenue par un milliardaire qui ne cache pas sa volonté de déconstruire le service public. Aussi, les appels au boycott des maisons d’éditions sous sa coupe se sont multipliés. Beaucoup d’enseignants n’entendent pas participer au financement de la sphère d’influence nationale-populiste pour qui l’éducation est en ligne de mire. Ces appels, conjugués à la baisse des crédits dédiés, conduisent à une désaffection pour les manuels scolaires. L’absence de manuels à la rentrée 2026 est une réalité qui commence à prendre forme dans de nombreux établissements scolaires.
Cependant, les deux facteurs évoqués – boycott de certaines maisons d’éditions et baisse des crédits dédiés – n’expliquent pas, à eux seuls, ce mouvement de désaffection dont les racines semblent plus profondes. La formule du « prêt à enseigner », qui est celle des manuels scolaires, ne fait plus recette. (...)
Certains établissements scolaires se sont lancés dans la démarche « collège sans manuels ». Ils répondent en cela à l’appel de l’UNESCO qui recommande de n’utiliser que des ressources éducatives libres pour lutter contre la marchandisation rampante de l’éducation. (...)
Les enseignants les plus vigilants à l’utilisation de l’IA suivent avec attention les travaux de la Chaire UNESCO RELIA (Ressources éducatives libres et intelligence artificielle) de l’Université de Nantes.
Cependant, la sous-traitance aux algorithmes pour la production de supports est souvent décevante. Passé la stupéfaction de voir la machine concevoir du contenu pédagogique à une vitesse record, les enseignants découvrent vite que l’IA générative n’est pas aussi intelligente qu’annoncé. (...)
L’émergence et le dynamisme des réseaux pédagogiques marquent un changement majeur dans la culture professionnelle des enseignants français, traditionnellement marquée par une forme d’individualisme pédagogique. L’esprit d’ouverture et de partage gagne progressivement la profession et se diffuse bien au-delà des établissements scolaires (...)