Quand Emmanuel Macron incite les chercheurs du monde entier à rejoindre la France, l’Institut de recherche pour le développement (IRD), vitrine de l’excellence scientifique française à l’international, s’enfonce. Management toxique, réseau d’influence parallèle, tentative de suicide, accidents de plongée ignorés. De son siège marseillais à la Nouvelle Calédonie, l’IRD entraîne ses 2 300 agents dans une spirale délétère. Le tout sur fonds publics, et sans que les ministères de tutelle ne bougent. Enquête.
C’est une vieille institution, héritière d’une longue et suffocante tradition et qui se cherche aujourd’hui un cap dans l’époque moderne.
La France de Vichy crée l’établissement en 1943 sous le doux nom d’Office Scientifique de la Recherche Coloniale (OSRC). Il devient l’Office de la recherche scientifique outre-mer en 1953, puis l’Institut pour la Recherche et le Développement (IRD) en 1998. Cinquante-cinq ans pour changer de nom. La mission, elle, reste la même : faire rayonner la recherche scientifique française à travers la coopération internationale. (...)
Présent aussi bien dans les anciennes possessions (Maroc, Sénégal, Côte d’Ivoire, Vietnam) que dans les territoires que la France entend conserver (DOM-TOM), cet héritier de l’empire colonial semble n’avoir pas liquidé tous ses fantômes, notamment dans sa façon de gérer les relations humaines, les conflits et le dialogue social. (...)
« Des conflits non régulés » ont engendré « des tensions persistantes dans certaines équipes, devenues structurelles faute de régulation ». Ils ont dégénéré en « harcèlement moral - mises à l’écart, reproches incessants, dévalorisation systématique du travail », selon des témoignages recueillis en 2023 par l’inspection générale de l’Inspection générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche (Igésr). Le tout dans une atmosphère de « Défiance et de peur », « les agents évitant de signaler les problèmes par crainte de représailles ou d’absence de suivi. » (...)
Les experts de Cateis documentent froidement le mal-être qui ronge l’institution : « Épuisement professionnel », « troubles psychiques », « douleurs physiques », « traumatismes chroniques », accompagnés de « signes d’usure psychologique durable, avec perte d’estime de soi et isolement ».
Un accident de plongée, et le silence
À ce tableau s’ajoute une gestion de la sécurité en plongée hyperbare — pourtant spécialité maison de l’IRD en Nouvelle Calédonie — qui a failli tourner au drame. (...)
Un problème qui dépasse la Nouvelle-Calédonie
On pourrait vouloir réduire cette histoire à l’éloignement géographique et aux spécificités locales d’une île du Pacifique. Ce serait ignorer que le siège marseillais a aggravé la situation en restant passif, et que le problème est bien plus large. (...)
crédit image : IRD, Public domain, via Wikimedia Commons