Créé dans les années 1990 pour capter l’entrée des devises étrangères à Cuba, ce groupement d’entreprises qui contrôlerait entre 40% et 70% de l’économie cubaine est aujourd’hui au cœur des attaques de Washington contre La Havane.
« Cuba n’est pas dirigé par une quelconque Révolution ; il est dirigé par Gaesa. » Dans une vidéo adressée à la population cubaine quelques heures avant l’annonce de l’inculpation de l’ancien président Raul Castro, le secrétaire d’État Marco Rubio a concentré ses attaques sur une seule entité, un « État dans l’État » qu’il accuse de parasiter l’économie de l’île.
Le chef de la diplomatie états-unienne, lui-même d’origine cubaine, en parle comme d’une gangrène. À l’entendre, Gaesa serait la cause de tous les maux que traverse le pays. (...)
Pour s’en libérer, Marco Rubio propose à la population un changement de régime. (...)
Un empire économique et commercial
Derrière ces cinq lettres se cache un groupement d’entreprises contrôlé par l’armée cubaine. Le Grupo de Administration Empresarial S.A. a été créé dans les années 1990, durant ce que les Cubains appellent « la période spéciale ». À l’époque, l’Union soviétique vient de disparaître. Cuba perd son principal allié et se retrouve dans une situation économique catastrophique, similaire à celle qu’il connaît aujourd’hui. Le président Fidel Castro décide alors d’ouvrir son pays au tourisme pour faire entrer des devises. (...)
Mis en place par Raul Castro, alors ministre de la Défense, pour renforcer l’armée, le conglomérat se transforme progressivement en un empire économique et commercial, que le New York Times a reconstitué dans une infographie.
Ce sont des hôtels, des centres de plongée, des marinas, des agences de voyage. Ce sont aussi des boutiques autrefois réservées aux touristes et aux Cubains les plus fortunés, désormais accessibles à celles et ceux qui perçoivent les remesas, ces transferts de fonds depuis l’étranger. « Ce sont des magasins où sont vendus des produits, généralement importés, fortement surtaxés. En tout cas, les marges sont très importantes, ce qui permet à Gaesa d’avoir des devises pour son fonctionnement », décrypte Jérôme Leleu, économiste et spécialiste de Cuba.
Le conglomérat ne se cantonne pas au secteur touristique. En 2010, il absorbe le Cimex, une entreprise d’État propriétaire de supermarchés et de centaines de stations-service. À travers sa filiale Financimex, il gère aussi les transferts d’argent internationaux et les paiements effectués par cartes étrangères. Il possède également la Banco Financerio Internacional, l’un des plus gros établissements bancaires du pays. Selon les estimations, Gaesa contrôlerait aujourd’hui entre 40% et 70% de l’économie cubaine. Un empire évalué à 18 milliards de dollars en 2025.
Renforcement des sanctions
En attendant une éventuelle opération militaire sur le modèle de celle qui a conduit à l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro, Washington attaque l’armée cubaine au portefeuille. (...)
Difficile d’évaluer à quel point le conglomérat est affecté par ces sanctions, tant le système est opaque. Mais le blocus énergétique a réduit quasiment à néant un tourisme déjà en berne. Les transferts depuis l’étranger sont également en chute libre. (...)
Si la crise actuelle nuit forcément au chiffre d’affaires de Gaesa, la population cubaine en reste la principale victime. Avec une situation humanitaire qui ne cesse de se détériorer.