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Club de Mediapart/ Damien Girard - Député NFP du Morbihan
Projet de loi d’urgence agricole : de quel modèle d’agriculture voulons-nous ?
#agriculture
Article mis en ligne le 26 mai 2026
dernière modification le 25 mai 2026

Fils, petit-fils et arrière-petit-fils d’agriculteurs, des deux côtés de ma famille aussi loin que nous avons pu remonter, cette question m’est profondément personnelle. Elle est presque charnelle.

Même si je n’ai pas fait de l’agriculture le cœur de mon mandat de député (mes combats étant davantage tournés vers la défense, la pêche et plusieurs enjeux propres à notre territoire) je regarde toujours avec une attention particulière les textes qui concernent celles et ceux qui nous nourrissent. Parce qu’il est question de travail, de revenu, de transmission, de dignité et de l’avenir même de notre agriculture. Et parce que j’ai aussi la chance de siéger aux côtés de collègues particulièrement engagés et compétents sur ces sujets, comme Marie Pochon ou Benoît Biteau, dont j’écoute attentivement les analyses. (...)

Après la loi Duplomb et la loi d’orientation agricole, le gouvernement examine désormais une loi dite « d’urgence agricole ». Mais au fond, quelle urgence voulons-nous traiter ?

Car l’agriculture française traverse une crise profonde : (...)

Une loi agricole n’est jamais neutre : elle oriente, elle finance, elle favorise. Et je continue de penser que la robustesse de notre agriculture se trouvera davantage dans des fermes nombreuses, transmissibles, créatrices d’emplois, moins dépendantes des intrants et mieux rémunérées, que dans la seule concentration ou la fuite en avant productiviste.

Notre vision est celle-ci :

  • plus de paysans, pas moins ;
  • une agriculture transmissible ;
  • des revenus dignes ;
  • la protection des sols, de l’eau et du vivant ;
  • une transition agroécologique pensée non comme une contrainte mais comme une condition de survie de l’agriculture.

La question de l’eau illustre parfaitement ce débat.

L’eau n’est pas une ressource privée ; c’est un bien commun. Pendant que les sécheresses se multiplient, que des captages ferment et que la moitié de nos zones humides a disparu, nous devons restaurer le cycle naturel de l’eau, protéger les milieux et soutenir des pratiques agricoles moins dépendantes des intrants plutôt que poursuivre une fuite en avant technicienne.

Même logique sur le loup : protéger les troupeaux plutôt que faire croire que l’abattage massif résoudra tout. (...)

Je dois le dire : j’ai été glacé en observant ces débats. Car derrière cette séquence se dessine quelque chose de plus large, une forme de défiance organisée envers la science et les institutions internationales, très proche de logiques aujourd’hui à l’œuvre de l’autre coté de l’Atlantique. Ces gens sont aujourd’hui les favoris pour diriger notre pays à partir de 2027 !

Au fond, derrière cette loi se pose une question simple : voulons-nous accélérer un modèle qui fragilise nos paysannes, paysans et nos ressources, ou construire enfin une agriculture durable, résiliante et fière de nourrir le pays ?

Le débat ne fait que commencer.