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« Notre peur, c’est qu’il y ait des morts » : des saisonniers survivent dans des bidonvilles en surchauffe
#canicule #urgenceClimatique #bidonvilles #Bordeaux
Article mis en ligne le 25 juin 2026
dernière modification le 24 juin 2026

Aux portes de Bordeaux, près de 700 saisonniers étrangers vivent dans un bidonville avec un seul point d’eau. Dans un autre camp, l’eau a été coupée il y a plusieurs semaines. « En ce moment, c’est très difficile. »

Un morceau de pneu commence à fondre sous la chaleur. À 18 heures, le thermomètre affiche 43 °C devant un abri de béton où Dan se protège du soleil, adossé contre le mur. Aujourd’hui, il est rentré plus tôt des vignes : en pleine canicule, « impossible de travailler l’après-midi ». Il vient de parcourir les 300 mètres qui séparent sa caravane du robinet installé à l’entrée du camp, où il remplit un grand bidon qui lui sert de douche.

Dans le bidonville où vivent 700 personnes, dont une centaine d’enfants, un seul point d’eau a été installé par la métropole de Bordeaux. Mais sur les huit tuyaux accrochés sur des palettes de bois, la moitié ne fonctionne pas. « Notre peur, c’est qu’il y ait des morts », s’inquiète Adeline Grippon, coordinatrice régionale Aquitaine à Médecins du monde. (...)

Tous les quinze jours, des équipes de l’ONG se rendent dans les bidonvilles de la ville pour assurer un suivi médical et traiter les urgences. Le 19 juin, Médecins du monde a lancé une alerte sanitaire à destination de l’Agence régionale de santé (ARS), de la préfète et des élus pour alerter d’une dégradation « rapide et préoccupante » des conditions de vie, directement liée à l’insuffisance d’eau potable. « Sans eau, il y a de graves risques sanitaires », rappelle la coordinatrice. (...)

50 habitants, pas de point d’eau

À quelques kilomètres, 50 personnes occupent un autre bidonville. Depuis trois semaines, ils n’ont plus accès à l’eau (...)

« La métropole avait ouvert une bouche d’incendie, mais le réducteur de pression a cassé, alors ils ont coupé l’eau », déplore Leonard Velicu, président de l’association Eurrom qui défend les droits des communautés roms en Gironde. Régulièrement, il sillonne les allées des camps pour relever les situations d’urgence, notamment des femmes enceintes et des nourrissons. (...)

Pendant la canicule, des agents de médiation de Bordeaux Métropole apportent des bouteilles d’eau aux camps sans point d’eau : 4,5 L par personne pour deux jours. (...)

« L’accès à l’eau existe, mais on voit bien que ça bloque »

Ces dernières années, alors que Bordeaux était sous giron écologiste jusqu’aux dernières élections, Médecins du monde a constaté une dégradation de l’accès à l’eau pour les plus précaires. « Avant, quand on lançait une alerte, l’eau arrivait rapidement. Aujourd’hui, la situation est plus catastrophique que lorsqu’on a soulevé le problème il y a dix ans », déplore Adeline Grippon.

Une directive européenne de 2020 oblige pourtant les métropoles à raccorder l’ensemble de la population à l’eau potable, y compris les bidonvilles. (...)

Priver les habitants d’eau ne les fait pas partir, mais les épuise. Elena en a presque fait une routine : pour ramener de quoi tenir quelques jours, elle monte dans sa voiture, bouteilles dans le coffre, et roule jusqu’au bidonville d’à côté.(...)