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Mayotte : depuis les manifestations et la venue de Gérald Darmanin, "on a peur de sortir et de se faire attaquer"
#Mayotte #nationalité #droitdusol #extremedroite #Darmanin #Macron #racisme
Article mis en ligne le 17 février 2024
dernière modification le 16 février 2024

Les tensions s’aggravent à Mayotte entre les habitants et les exilés dans le contexte des manifestations, des barrages routiers et de la venue, le week-end dernier, du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Des ressortissants africains dénoncent des "agressions" par les manifestants, un abandon du campement du stade de Cavani par les autorités, mais aussi des expulsions brutales de logements. (...)

Dans la foulée de la visite de Gérald Darmanin à Mayotte, dimanche 11 février en fin de journée, des habitants de Mayotte sont venus cadenasser la porte du stade de Cavani, en plein démantèlement. A l’intérieur, survivent toujours plusieurs centaines d’exilés africains (500, selon l’État) parmi lesquels des Somaliens, Congolais, Rwandais ou encore Burundais.

"Ils sont venus avec des cadenas. C’était la dernière porte par laquelle on pouvait sortir. Ils ont fermé, ils nous ont dit : "Vous ne pouvez pas bouger de là, et si vous bougez, c’est pour l’Hexagone...", raconte Alain, un demandeur d’asile vivant sur le campement avec sa famille. "Toute la nuit, les gens se sont retrouvés à escalader les murs du stade pour s’approvisionner".

Les exilés ont appelé la police une première fois, raconte Alain. Mais "le lendemain, ce n’était toujours pas déverouillé, jusqu’à ce que la police daigne finalement revenir pour couper le cadenas", raconte Daniel Gros, référent de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) sur l’île. Celui-ci, qui était sur place, dénonce une forme de "séquestration".

Cette histoire de cadenas n’est pas anecdotique : elle est représentative d’une tension à son comble, sur l’île, entre manifestants mahorais et exilés. "Il y a des barrages partout, autour du stade. Les manifestants refusent que l’on se déplace. Ils ne veulent pas de nous à Mayotte", témoigne Alain. (...)

Une insécurité grandissante à Mayotte

Le contexte actuel, avec les semaines de manifestation et la venue du ministère de l’Intérieur, n’a fait "qu’aggraver la situation de jour en jour", analyse Éric*, réfugié congolais, membre du comité des demandeurs d’asile et réfugiés de Mayotte. (...)

Du côté de la population, on justifie la colère ambiante par la hausse de la délinquance, les agressions ultra-violentes de "gangs" de jeunes entre eux mais aussi contre les commerces, les pharmacies, les touristes... Ces bandes organisées sont armées le plus souvent de machettes, de barres de fer ou encore de pieds de biche. Le département ne parvient pas à endiguer cette violence qui a pris une ampleur inédite ces derniers mois.

Fait inédit : le 10 décembre 2023, un mineur de 17 ans est mort par balle à Kawéni, victime de cette guerre des gangs.

"Nous sommes victimes, pas auteurs des agressions", tient à rappeler Eric, le réfugié congolais, qui alerte sur la dangerosité des amalgames. (...)

La préfecture mise au ralenti : "les gens perdent leurs droits petit à petit" (...)

Menace d’une "situation de famine" alors que l’activité associative est à l’arrêt (...)

Le référent de la LDH alerte sur la menace d’une "situation de famine" dans le campement. "Les gens continuent de vivre là sans accès à l’eau, à la nourriture, à des soins".

Droit du sol

L’hostilité envers les associations d’aide aux exilés n’est pas nouvelle. La Cimade, par exemple, avait été l’objet de blocages par des groupes citoyens pendant plusieurs mois d’affilée en 2022. (...)

"Nous avions l’espoir que la venue de Darmanin calme les choses, on était soulagé", se souvient Éric. Mais les annonces du ministre de l’Intérieur sur la fin du droit du sol n’ont pour lui "rien à voir" avec les enjeux de sécurité et de délinquance que les exilés, comme les Mahorais, mettent en avant.

L’ambition de mettre fin au droit du sol le laisse perplexe. "Mayotte est française, et le droit du sol c’est pour tous les Français. Un enfant né ici à Mayotte, il ne va pas retourner au pays si son père ou sa mère y a fui des massacres..." (...)

les discriminations xénophobes s’aggravent : "Si tu montes dans un taxi mahorais, on entend le mauvais accent, on te dit : "Ah tu es un Africain, tu sors". Il y a aussi des commerces d’Africains, des gens qui ont des papiers tout ça, mais les Mahorais disent : "Ah non c’est un africain, on ne va pas acheter"", déplore-t-il.

Sans parler de la recherche de travail : "On ne veut plus de nous pour trouver du boulot. Dès qu’on voit que tu es Africain sur ta candidature, c’est compliqué..." (...)