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"Ma patrie a donné l’ordre d’aller faire la guerre en Ukraine, alors j’y suis allé"
#guerreenUkraine
Article mis en ligne le 12 juin 2026
dernière modification le 8 juin 2026

Mercenaires étrangers, anciens prisonniers mobilisés de force par Moscou, jeunes combattants fatigués par quatre années de conflit : à l’intérieur d’un camp d’internement ukrainien, des soldats russes capturés témoignent des violences de la guerre.

(...) En tant que journaliste, il est impossible de leur parler sans leur consentement. La Convention de Genève les protège également de toute exposition médiatique. Après tout, ils sont aux mains de l’ennemi et devront un jour retourner dans leur pays. (...)

Les responsables du camp de prisonniers pensaient que personne n’avouerait avoir combattu. Or, ce n’est pas le cas.

Ivan, 24 ans, est originaire de Rostov. Les yeux bleus et l’air fier, il explique aux journalistes de RSI qu’il s’est engagé parce que "la patrie l’a ordonné". Lorsque Poutine a lancé l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, "j’aurais pu refuser, mais "je ne voulais pas dire non", relate Ivan. "La patrie a donné l’ordre d’aller faire la guerre en Ukraine, alors j’y suis allé". (...)

"S’il y avait eu la possibilité d’arrêter, je l’aurais fait. Mais il n’y en a pas eu."
"C’est la prison ou la guerre"

Sergueï, 31 ans, arrive de la prison de Samara. Musicien de rue, il vivait surtout de vols. En Russie, s’engager permet d’éviter une condamnation. Or, il était visé par une enquête pour coups et blessures graves. "C’est la prison ou la guerre."

Moscou n’a pas encore décrété la mobilisation générale de sa population, mais elle a déjà vidé plus de la moitié de ses prisons pour reconstituer ses "unités sacrifiables", celles qui doivent être envoyées en première ligne pour des assauts frontaux. La plupart des prisonniers détenus dans ce camp de prisonniers appartiennent à ces rangs. (...)

Sergueï est le seul survivant de son groupe. "Les rumeurs concernant la captivité étaient si terribles que beaucoup disaient qu’il valait mieux se suicider", explique-t-il.

Au lieu de cela, raconte le détenu, les soldats ukrainiens qui l’ont capturé ont partagé avec lui de l’eau, du pain et des cigarettes. "On s’entretue, mais je crois que pour la plupart d’entre nous, il n’existe pas de véritable agressivité ou haine personnelle. On comprend qu’au fond on est en guerre seulement parce qu’on nous a dit de la faire".
"Le même désespoir qui nous pousse à risquer nos vies en mer nous amène ici"

Parmi eux, il y a aussi des centaines d’étrangers : Congolais, Égyptiens, Bangladais, Colombiens. Ils sont attirés par les salaires élevés et les promesses de passeports offerts par des campagnes de recrutement : jusqu’à 25’000 dollars à la signature d’un contrat et des salaires mensuels pour les soldats en première ligne pouvant atteindre cinq fois le salaire moyen russe.

"Le même désespoir qui nous pousse à risquer nos vies en mer nous amène ici", confie un Africain sous couvert d’anonymat. "Un bon salaire pour mourir ?" s’exclame avec amertume Ruslan, un Biélorusse. (...)

"C’est trop horrible à raconter." (...)