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Mediapart
Les saisonniers exposés aux pesticides, grands absents du débat public
#pesticides #travailleursSaisonniers #precarite #cancers
Article mis en ligne le 4 juillet 2026
dernière modification le 1er juillet 2026

Invisibilisés dans les discussions sur l’utilisation des pesticides, les travailleurs précaires de l’agriculture sont pourtant particulièrement concernés. Leur statut les prive d’une partie des protections disponibles et empêche la reconnaissance du caractère professionnel de leurs cancers.

(...) Lors des débats sur la loi Duplomb ou la loi d’urgence agricole, qui revient en discussion au Sénat lundi 29 juin, on a beaucoup entendu la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA, majoritaire dans le secteur), les Jeunes Agriculteurs ou la Coordination rurale militer contre l’interdiction des pesticides ou la Confédération paysanne la défendre. Mais une voix est restée inaudible : celle des salarié·es agricoles.

Elles et ils représentent pourtant 40 % de l’emploi agricole permanent, soit environ 320 000 personnes. (...)

Et tous sont très mal protégé·es de l’exposition aux pesticides.

L’impensé du risque cutané (...)

« Le risque lié aux pesticides est souvent perçu comme respiratoire. Or, environ 90 % des expositions professionnelles ont lieu par voie cutanée », précise Moritz Hunsmann, chercheur en sociologie et santé publique au CNRS et codirecteur du Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle et environnementale dans le Vaucluse (Giscope 84). (...)

« Dans l’agriculture, il existe aussi une division genrée du travail, ce sont essentiellement des hommes qui pulvérisent, alors que les femmes sont plus présentes dans les tâches en contact avec les végétaux traités, et cette division genrée s’observe aussi dans la prise en compte des expositions », ajoute le chercheur. (...)

les saisonniers et saisonnières n’ont même pas droit à une visite médicale si leur contrat ne dépasse pas quarante-cinq jours – en viticulture, maraîchage ou production fruitière, la plupart des contrats sont d’une durée inférieure (...)

Les saisonniers et saisonnières n’ont généralement pas non plus accès au document unique d’évaluation des risques professionnels (Duerp), qui doit notamment recenser les substances cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques auxquelles ils et elles sont exposé·es. (...)

Le risque est encore augmenté par les conditions de logement de nombreux saisonniers et saisonnières migrant·es. En Gironde, certains vivent dans de véritables bidonvilles, ailleurs ils et elles sont parfois hébergé·es dans des baraquements sur les exploitations.

« Pour les personnes qui vivent dans des habitats très précaires, sans accès à l’eau, l’exposition est prolongée », souligne Katy Fenech, coordinatrice du « Programme travailleur·euse·s précarisé·e·s » de Médecins du monde dans le département.

Sans compter que certains exploitants agricoles peu scrupuleux utilisent des pesticides interdits, comme en témoigne la condamnation de six agriculteurs des Bouches-du-Rhône et de la Drôme en avril 2026.

Impacts multiples et à long terme (...)