Israël vient de promettre d’intensifier ses frappes au Liban malgré le cessez-le-feu. Jusqu’où ira l’État hébreu dans sa guerre au Moyen-Orient ? Entretien avec l’historien israélo-américain Omer Bartov, qui fait paraître "Israël, une course vers l’abîme" (Seuil), et le philosophe Michel Feher.
Hier, en pleines négociations avec l’Iran, Donald Trump a sommé les pays du Golfe de normaliser leurs relations avec Israël. Dans le même temps, l’État hébreu entend intensifier sa guerre au Moyen-Orient et notamment au Liban où Benyamin Netanyahou a renouvelé sa promesse "d’écraser" le Hezbollah. Dernier épisode en date d’une fuite en avant commencée au lendemain du 7 octobre, mais que l’historien Omer Bartov juge plus ancienne encore. Alors, comment en est-on arrivé là ?
Une guerre devenue régionale et sans issue politique (...)
Omer Bartov décrit une dynamique de guerre devenue autonome, nourrie selon lui par les intérêts politiques de Benjamin Netanyahu. (...)
Alors qu’avant les attaques du Hamas la question palestinienne avait été "poussée sous le tapis", elle est désormais revenue au centre des équilibres régionaux : "Israël maintenant est impliqué dans une guerre au Liban, un conflit avec les Houthis du Yémen, en Syrie, et bien entendu avec l’Iran."
Pour Omer Bartov, "la solution des deux États est morte", notamment en raison des "750 000 colons juifs en Cisjordanie et dans Jérusalem-Est" et de l’influence croissante du mouvement des colons dans l’armée et les services de sécurité. Il décrit également une convergence entre le Hamas et l’extrême droite israélienne (...)
La question du génocide (...)
Interrogé sur le sionisme de gauche dans lequel il a grandi, Omer Bartov répond sans détour : "le genre de sionisme dans lequel moi j’étais élevé, il est mort". Il oppose le sionisme ancien, "laïc, plutôt de gauche, socialiste", au sionisme actuel qu’il qualifie de "nationaliste, agressif, religieux, messianique" et même de "suprémacisme juif". (...)
La transformation du sionisme et la crise de la diaspora juive
Pour Michel Feher, "ce qui menace la judéité diasporique, ce n’est pas La France insoumise, ce n’est pas les gens qui sont, de façon très justifiée, émus et indignés par, d’une part, ce que fait le gouvernement israélien et l’armée israélienne, mais d’autre part, par la complaisance des gouvernements occidentaux par rapport à ses méfaits". Il affirme ainsi que "le plus grand danger pour la judéité, aujourd’hui, c’est Israël, et plus profondément, le sionisme", qui constituerait "une menace existentielle non pas pour les juifs, mais pour la judéité diasporique" dont il se réclame. (...)