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Marie-Claude Saliceti
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L’accord avec le Mercosur entre en vigueur sans vote du Parlement européen : « C’est un passage en force démocratique »
#UE #Mercosur #libreEchange #urgenceclimatique #StopTafta #UE #agriculteurs
Article mis en ligne le 1er mai 2026

C’est un accord de libre-échange contesté depuis 25 ans. Un texte qui prévoit de supprimer 90 % des droits de douane entre l’Europe et plusieurs pays d’Amérique du Sud : l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, ainsi que la Bolivie en tant que membre associé. Il permettra d’importer à coût réduit 99 000 tonnes de viande bovine par an, mais aussi du soja et de l’éthanol tiré de la canne à sucre. Des productions en monoculture qui engendrent toujours plus de déforestation en Amazonie.

Ce texte entend également augmenter les importations de cuivre, de fer et de lithium, ainsi que d’autres métaux stratégiques en provenance de la région.

Un accord néocolonial pour Maxime Combes, économiste, coanimateur du collectif Stop Mercosur et en charge des politiques de commerce et de relocalisation à l’Association internationale de techniciens, experts et chercheurs. (...)

C’est donc légal, mais c’est un passage en force démocratique. D’autant que les pays du Mercosur ont finalement ratifié cet accord au cours des deux derniers mois. (...)

La mise en œuvre des quotas va prendre du temps, dans un calendrier spécifique à chacun des marchés. (...)

certaines collectivités ont pris des engagements pour faire en sorte d’éviter d’avoir du bœuf d’Amérique du Sud dans leurs cantines scolaires. Mais cela va être difficile, car en restauration collective, vous voulez les prix les plus bas possible. Et quand vous avez du bœuf et d’autres produits agricoles qui arrivent avec des droits de douane inférieurs, cela abaisse considérablement le coût de ces produits.

Le Mercosur va-t-il menacer la santé des Européennes et Européens ?

Il y a déjà des scandales sur l’importation de bœuf élevé avec des activateurs de croissance interdits en Europe parce que supposés cancérogènes. En augmentant les quantités importées, l’accord de libre-échange va augmenter les risques, parce qu’il est impossible de mettre un agent derrière chaque carcasse de bœuf pour s’assurer qu’il a été élevé sans activateurs de croissance. (...)

le bœuf sud-américain est 60 % moins cher que l’européen.

Si vous augmentez les quotas et réduisez les droits de douane, vous faites un chèque à l’agrobusiness brésilien qui vote Bolsonaro et vous favorisez les secteurs les plus rétrogrades et conservateurs.

Les gagnants de ces accords de libre-échange, ce sont les acteurs économiques qui ont la capacité d’être sur ces marchés mondiaux. Côté européen, il s’agit de l’industrie aéronautique, automobile, l’industrie chimique et pharmaceutique.

Qui sont les perdants ?

Il y en a beaucoup et ils ne sont pas souvent nommés. Il s’agit du climat, de la forêt, la biodiversité, des droits humains. (...)

La France n’a pas fait d’effort pour convaincre d’autres pays européens de constituer une minorité de blocage.

Il n’y a pas eu d’impulsion politique, pas de travail avec les ambassadeurs. Il s’agissait d’une opposition de façade pour donner le change face aux agriculteurs en France. Mais rien n’a été fait concrètement à Bruxelles. (...)

Cette séquence va alimenter un discours anti-européen notamment porté par l’extrême droite. Et cela ne va pas faire du bien dans les mois à venir.