En Italie, les migrants déboutés du droit d’asile en recours, et dans l’attente de leur potentielle expulsion, devront verser une caution de 5 000 euros sous peine d’être envoyés en centre de rétention pendant l’examen de leur dossier. Une garantie financière qualifiée de "rançon" par certains médias italiens et par l’opposition.
(...) Cette garantie financière, de 4 938 euros précisément, est censée couvrir les frais de logement et de subsistance pour une personne pendant un mois, ainsi que le coût de son rapatriement en cas de rejet définitif de sa demande. Elle sera exigée des personnes ayant tenté de se soustraire aux contrôles à la frontière ainsi qu’à celles provenant d’un pays dit "sûr" et qui, en principe, ne peuvent donc prétendre à l’asile.
Si le requérant "disparaît indûment", la caution dont il s’est acquitté sera prélevée, précise le texte. (...)
Dès sa publication, le décret a été qualifié de "rançon" par le quotidien de gauche La Repubblica et a suscité un tollé du côté de l’opposition. Le maire de Bergame Giorgio Gori (du Parti démocrate, gauche) l’a comparé à "une garantie bancaire à payer par les migrants, s’ils ne se sont pas noyés en Méditerranée", tout en rappelant qu’à une époque le pays a vu "24 millions de migrants [italiens] essaimer dans le monde entier".
Le gouvernement "remplit les caisses [de l’État] sur le dos et le désespoir des personnes", a regretté le député Emiliano Fossi, du même parti.
Riccardo Magi, secrétaire national du parti centriste Europa, a ironisé de son côté sur ce qu’il qualifie de "trafic d’êtres humains institutionnel" et de "pot-de-vin discriminatoire". Le chef de parti s’indigne aussi de "l’illégalité" de cette décision, "puisque la Cour de justice européenne a déjà sanctionné une mesure similaire introduite par la Hongrie en 2020". (...)
Dénoncée pour son aspect liberticide, cette mesure entre aussi "en contradiction évidente avec le choix du gouvernement de miser sur les rapatriements, vu que, de facto, cette caution favoriserait l’éloignement des personnes qu’il faudrait renvoyer chez eux”, s’étonne La Repubblica.
Des centres de rétention supplémentaires
La rétention des demandeurs d’asile en recours est en ce moment au cœur des préoccupations du gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni. (...)