C’est le cri d’alarme d’une école REP parisienne « au bord du naufrage ». À la rentrée prochaine, l’école en éducation prioritaire Colette Magny A, située au cœur d’une cité HLM dans le 19e arrondissement de Paris, accueillera 26 élèves supplémentaires sans ouverture de classe. Enseignants et parents dénoncent une situation devenue « intenable », entre épuisement des équipes, sentiment d’abandon et inégalités de traitement, la détermination de la communauté éducative est forte.
« Notre école craque. » À l’école Colette Magny A, dans le 19e arrondissement de Paris, les enseignant·es tirent la sonnette d’alarme. Situé au cœur d’une cité HLM, cet établissement classé en réseau d’éducation prioritaire fait face à une explosion de ses effectifs, sans moyens supplémentaires. « Nous sommes au bord de la rupture », alertent-ils dans un communiqué.
Vendredi 22 mai, enseignants, parents et habitants du quartier ont occupé la rue Colette Magny toute la journée pour réclamer l’ouverture d’une classe. (...)
La situation est d’autant plus tendue que l’établissement accueille uniquement des élèves du CE2 au CM2. N’étant pas concernée par le dédoublement des classes de CP et CE1, l’école REP affiche donc « le plus faible taux d’encadrement enseignant dans une école REP à Paris », dénoncent les professeurs. À la rentrée, certaines classes atteindront jusqu’à 25 élèves.
Pour l’équipe éducative, la surcharge est devenue insupportable. (...)
Cette usure a fini par briser une équipe jusque-là stable. « Alors que l’équipe était stable depuis des années, un tiers de notre équipe décide de partir », explique un enseignant. « Certain·es passent à temps partiel, ou démissionnent ou changent de poste. » Même le projet emblématique de l’établissement, labellisé « Arts du spectacle », est désormais « au bord du naufrage ». (...)
Deux poids, deux mesures
La colère des enseignants s’est transformée en sidération lorsqu’ils ont découvert la nouvelle carte scolaire. Leur école affiche pourtant un Indice de Positionnement Social (IPS) de 90, signe d’une forte fragilité sociale. Mais malgré la hausse des effectifs, aucune classe supplémentaire n’a été créée. Dans le même temps, ils observent que plusieurs établissements situés dans des quartiers plus favorisés ont obtenu des annulations de fermetures de classes. (...)
« Cette différence de traitement nous sidère », dénoncent les enseignants. « Il nous est incompréhensible qu’une école REP soit moins bien considérée qu’une école des beaux quartiers. »
« Les parents ont le sentiment d’être dans l’abandon » (...)
Face à cette situation, il a décidé d’engager des démarches administratives. (...)
Soutien des élu.es de l’arrondissement et de la circonscription
Déterminées, les familles relèvent le soutien des élu.es de gauche et écologistes, le maire socialiste François Dagnaud, la députée insoumise Sarah Legrain. (...)
Pour justifier l’absence de moyens supplémentaires, l’administration invoque la baisse démographique globale à Paris. Un argument que les enseignants rejettent catégoriquement. « Dans notre cité populaire parisienne, la baisse démographique n’existe pas », rappellent-ils. « Chaque logement social qui se libère est repris par une autre famille. »
Ils dénoncent surtout une logique purement comptable. (...)
L’équipe a multiplié les alertes ces derniers mois : grèves, pétition signée par près de 600 personnes, courriers, interventions auprès des élus locaux. Malgré leur mobilisation, leur délégation n’a été reçue que dans « un bout de couloir d’1m50 de large entre les toilettes hommes et femmes sur des chaises pliantes ». Un accueil vécu comme « une honte » et comme le symbole d’un « mépris » profond de l’institution. Les enseignants disent ne plus rien attendre d’un ministère accusé de transformer les enfants des classes populaires en « chiffres de tableau comptable ». Soutenus par les familles, ils promettent de poursuivre la mobilisation. « Nous n’avons plus grand-chose à perdre », résume un enseignant. « Même plus la santé. »