Crimes de guerre, violences sexistes et sexuelles, attentats… Dans la presse, certains sujets résistent à la photographie. En choisissant le dessin pour « restituer la monstruosité », les rédactions confient aux illustrateurs une équation délicate : éviter l’esthétisation du gore sans aseptiser le réel.
Dessiner la violence, c’est choisir sa distance. Jusqu’où aller ? Qu’est-ce qui peut être montré ? Qu’est-ce qui doit rester hors champ ?
« Ma boussole n’est pas celle d’un autre »
Au fil de sa carrière, Hugues Micol a appris qu’il n’existe pas de manière consensuelle de représenter la violence. (...)
Sa hantise ? La complaisance. Il ne supporte pas l’esthétisation du gore, « les trucs du genre : “Regarde comme je dessine élégamment des viscères !” ». Mais quand un sujet le percute, impossible pour lui d’en livrer une version édulcorée. Il cite une enquête de Libé sur l’ubérisation des réseaux de prostitution ou une autre sortie en juillet 2025 sur la prostitution de mineures. « Je ne vais pas dessiner une jolie jeune fille alanguie sur un lit, ce serait horrible… » À la place, surgissent des « silhouettes sombres, un peu glauques, presque laides ». Une manière, explique-t-il, de ne pas adoucir ce qu’il a lui-même « pris en pleine gueule », quitte à ajuster le curseur du « trash » ensuite. « Ma boussole n’est pas celle d’un autre », glisse le quinquagénaire, conscient des limites de l’exercice. (...)
« La question à toujours se poser, c’est : “Est-ce que la balance penche du côté de l’information ?” », prolonge Baptiste Bouthier, co-rédacteur en chef de La Revue dessinée, qui raconte l’actualité en bande dessinée. (...)
« Frilosité à cause des réseaux » (...)
« Il y a une frilosité terrible à cause des réseaux », appuie Antoine Moreau-Dusault, dessinateur indépendant qui déplore que ses œuvres soient désormais « caviardées de manière quasiment systématique ». (...)
. Il pointe aussi la difficulté de mettre en images la guerre et le risque d’« édulcorer » la réalité. « Une guerre sans cadavres, c’est quand même assez étrange… »
Le dessinateur regrette cette « tendance décorative » du dessin de presse, où la marge de représentation se réduit à des procédés d’évitement